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La ouate de cellulose, en France et ailleurs

L'isolant écologique fabriqué à base de journaux recyclés est l'objet de tous les problèmes. Mais en France seulement.

L'affaire alimente les blogs français et comme – c'est bien connu – le Net n'a pas de frontière, elle contamine lentement les pays francophones, dont la Suisse romande. La ouate de cellulose, un isolant écologique fabriqué avec des journaux recyclés et réputé pour son efficacité, provoque des émanations d'ammoniac telles que les lieux en deviennent inhabitables. Les témoignages pullulent (lire notamment Internaute-Bricolage ou Futura-Sciences), et les magazines 60 millions de consommateurs et Que choisir, ont récemment relayé l'information.

A priori pourtant, le problème semble se limiter à la France. Dans le processus de fabrication, on utilise, en effet, des sels de bore pour renforcer la résistance au feu. Sauf dans l'Hexagone où, en 2011, le Centre scientifique et technique du bâtiment a souhaité supprimer cette possibilité, car ce type de sel altérerait la fertilité. Les fabricants ont eu un an pour modifier la composition de leur ouate, l'interdiction entrant en vigueur en septembre 2012. Certains l'ont fait en utilisant des sels d'ammonium. Et là, catastrophe! Dès que les premières pluies d'automne se sont pointées, les maisons isolées avec les nouveaux matériaux se sont mises non seulement à puer, mais les émanations ont aussi piqué les yeux et irrité les gorges. Du coup, les autorités ont fait marche arrière et autorisé les fabricants à réintroduire les sels de bore, dans un premier temps jusqu'au 30 juin 2013… Quelle gabegie!

Rien de tout ça ailleurs, en Suisse notamment. Partant du principe que la réglementation européenne admet la présence de sel borique jusqu'à une concentration de 5,5%, soit bien plus que n'en contient la ouate de cellulose, les autres pays n'ont, en effet, jamais restreint son utilisation. Mais comme un souci n'arrive jamais sans un autre, voici qu'au début du mois, l'Agence qualité construction, faîtière française des organisations professionnelles de la construction, publie une mise en garde après avoir constaté «une sinistralité d'incendie non négligeable» de certaines isolations faites à base de ouate de cellulose. Or, là encore, le problème semble franco-français: il s'agit, en effet, de professionnels «insuffisamment sensibilisés à la spécificité de ce matériau», qui n'installent donc pas tous les éléments de protection nécessaire contre le feu lors de la disposition de l'isolant.

Décidément, il en faudra encore beaucoup pour que, à l'instar de Caroline Loeb, les Français puissent chanter que «De toutes les matières, c'est la ouate que j'préfère»…

Christian Chevrolet