
Pour les diabétiques, c’est le pied
L’assurance de base ne rembourse pas les soins des podologues-pédicures aux diabétiques. Mais la loi devrait bientôt changer.
Ce devrait être la fin d’une situation absurde, se réjouit Pierre-Alain Fridez. La Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil des Etats a été saisie de la motion du socialiste jurassien qui demande que les soins accordés aux diabétiques par des pédicures-podologues diplômés soient pris en charge par l’assurance de base (lire «La LAMal néglige les diabétiques», Bon à Savoir, 11/2012). Le débat de commission, d’abord fixés pour lundi 21 janvier, a toutefois été reporté à la session de printemps.
Quoi qu’il en soit, la motion, soutenue par le Conseil fédéral, a déjà été adoptée par le Conseil National en septembre dernier. Logiquement, le Conseil des Etats devrait lui emboîter le pas en séance plénière, compte tenu du fait que la motion a été bien accueillie jusqu’ici par tous les partis, hormis l’Union démocratique du centre. Dans ces conditions, le Conseil Fédéral pourrait élaborer rapidement la nouvelle loi, laissant augurer d’une entrée en vigueur avant la fin de l’année.
Cette motion est loin d’être anecdotique pour les quelque 350 000 personnes souffrant de diabète. Ces personnes risquent gros en négligeant de soigner leurs pieds. Du fait que leur sensibilité à la douleur est diminuée, les diabétiques ne sentent plus les blessures (brûlures, ampoules, crevasses, durillons, cors, etc.). De plus la maladie affecte la circulation du sang causant des problèmes de cicatrisation et d’infection. Si les problèmes ne sont pas pris à temps, ces lésions peuvent mener à l’amputation pure et simple.
Prévenir coûte moins cher à l’assurance
Or, à ce jour, la Lamal ne reconnaît pas les prestations prodiguées par les spécialistes, en particulier les podologues diplômés, qui sont pourtant les professionnels médicalement les mieux outillés. Pour éviter de payer de leur poche les 80 fr. ou 100 fr. que coûte une séance chez le podologue, nombre de patients se contentent alors des soins prodiguées par leur infirmier à domicile ou se rendent dans des salons de pédicures non spécialistes. Certes les séances chez un pédicure sont meilleur marché, mais ces professionnels ne sont pas véritablement formés pour soigner les diabétiques.
«Leur métier, c’est avant tout la beauté des pieds» insiste Anne Ferro. Pour la présidente de l’Association Suisse des Podologues, le vote de ce matin est donc une excellente nouvelle. En premier lieu, bien entendu, pour les malades qui sont dorénavant assurés (sans jeu de mot) d’un meilleur suivi à l’avenir. Mais ce changement aura aussi un impact favorable sur les coûts de la santé, affirme-t-elle, dans la mesure où les soins donnés le plus tôt possible permettent d’éviter les hospitalisations en cas de complications. Il faut savoir que le diabète est la cause d’une amputation sur deux au niveau des membres inférieurs, rappelle Pierre-Alain Fridez.
Philippe Chevalier


