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Femme au volant, blessés au tournant

La nouvelle va faire grand bruit au café du commerce: le risque d’accident de la route chez les femmes est de 25% supérieur à celui des hommes en Suisse.

Et si les chauffards étaient en fait des chauffardes? Une étude de la SUVA, publiée aujourd’hui, donne en tous les cas des résultats surprenant: le risque d’accident de la route chez les femmes est de 25% supérieur à celui des hommes! Pire encore, à nombre de kilomètres parcourus égal – elles roulent en moyenne 40% de moins, que les hommes – leur taux est même deux fois plus élevé! Et pas question de faire de ces dames d’innocentes victimes: non seulement elles sont plus souvent accidentées, mais elles sont aussi plus souvent blessées dans des accidents qu’elles ont elles-mêmes provoqués, relève la SUVA. Les mauvaises langues pourraient encore en rajouter une couche en soulignant que le rapport ne recense que les blessés et que les dommages purement matériels, par exemple de stationnement, n’ont pas été pris en compte.

Stressées le matin? 

Selon le rapport, c’est dans le trafic matinal, entre 7 et 8 h, que les conductrices sont les plus dangereuses. Dans son rapport, la SUVA émet l’hypothèse du stress pour expliquer le phénomène: «Les femmes actives assument fréquemment plusieurs rôles exigeants qui peuvent facilement entrer en conflit, surtout le matin. A ce moment, elles doivent se préparer pour sortir. Il leur faut également régler certains points urgents dans le ménage, éventuellement conduire les enfants à la crèche et pour finir arriver à temps à leur travail». Mais l'assureur relativise dans le même temps ses propos en se demandant si l’on peut affirmer que ces messieurs sont vraiment moins stressés le matin…

Autre tentative d’explication des résultats: la gent féminine aurait «des capacités spatio-visuelles en moyenne plus faibles» (sic!) et serait plus facilement distraite au volant. Et la SUVA de se transformer en bonne conseillère en leur recommandant d’éviter «absolument les distractions, comme celles qu’occasionne un téléphone portable».

Nuançons!

En gentleman, nous sommes partis à la recherche d’éléments qui mettraient, dans ce rapport touffu, un peu de baume sur le cœur des conductrices. Nous en avons dégotté quelques-uns. Ainsi, il serait erroné de parler de chauffarde, car dans les cas de sinistres graves entraînant des décès, les auteurs et les victimes sont essentiellement de jeunes hommes.

Autre élément, et pas des moindres, les statistiques sont en fait basées sur le nombre de blessés et non pas d’accidents, ce qui conduit à relativiser certains chiffres. La SUVA estime ainsi que «le risque de blessure plus élevé des femmes pourrait résulter du fait qu’à nombre d’accidents égal, elles se blessent plus souvent que les hommes parce qu’elles sont en moyenne d’une constitution plus fragile». Cela étant, l’assurance estime que cette hypothèse ne peut en aucun cas être retenue comme principale explication, car, dans ce cas, une plus grande vulnérabilité conduirait à un risque augmenté constant, or le bilan des conductrices est particulièrement défavorable dans le trafic matinal en semaine.

Sébastien Sautebin