
Tamiflu: et si Roche n’avait pas tout dit?
S’appuyant sur des données indépendantes, des chercheurs contestent l’efficacité et l’innocuité du Tamiflu.
On en tremble encore… En juin 2009, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) déclarait que le virus de la grippe porcine – rebaptisé H1N1 – avait atteint le stade de la pandémie. Dans le climat de peur panique qui prévalait alors, la Suisse, a dépensé 4 millions (mais les Etats-Unis près de 1,5 milliard de francs) pour constituer des stocks de Tamiflu, détruits par la suite. A l’époque, cet antiviral, produit par Roche, apparaissait comme le seul médicament susceptible de venir en aide aux malades.
Trois ans après, rien n’est moins sûr et l’achat de Tamiflu apparaît comme un exemplaire gaspillage d’argent public. De plus, selon des chercheurs du réseau Cochrane, ces dépenses auraient pu être évitées si le groupe pharmaceutique avait joué carte sur table. Depuis trois ans, ces scientifiques indépendants lui demandent, en vain, de leur remettre les données complètes de leurs études afin de vérifier l’efficacité et les effets indésirables de son Tamiflu, a relevé le British Medical Journal.
Les experts du réseau Cochrane ont alors refait les études sur la base d’autres sources pour arriver à la conclusion que le Tamiflu permettait tout au plus de raccourcir d’un jour la durée de la maladie et qu’il était incapable d’empêcher la survenue de complications. En revanche, les effets secondaires du médicament seraient plus sévères que ceux déclarés par Roche.
Dans une lettre ouverte, la rédactrice en chef de la revue médicale britannique fustige la firme Suisse, l’enjoignant à livrer enfin toutes les données sur le Tamiflu. Et de prévenir: «Ce type de médicaments met la vie des personnes en danger».
Interpellé par le magazine alémanique Gesundheitstipp, Roche se défend en indiquant avoir remis des «informations détaillées» au réseau Cochrane. Alors que les autorités sanitaires auraient, elles, eu accès à l’ensemble des données. Enfin le géant pharmaceutique soutient qu’il possède les preuves de l’efficacité et de l’innocuité de son antiviral.
Brigitte Jeckelmann/Philippe Chevalier


