
Cousins valaisans départagés
Dans les rayons des supermarchés, cornalin et humagne, c’est bonnet rouge et rouge bonnet. Même producteur, même étiquette, même prix. Notre dégustation les départage.
Rien ne devrait les rapprocher… Sinon qu’ils sont des rouges valaisans, que leur origine, confuse, est similaire et valdôtaine (lire encadré) et qu’ils s’épanouissent à la fin de l’automne, «en troisième époque», comme disent les vignerons. Et pourtant, sur les rayons des supermarchés, ils sont jumeaux. Voilà pourquoi on les a présentés, ci-contre, dans un seul tableau, où les cornalins ont pris une longueur d’avance, grâce à un «spécimen» très réussi.
Gare aux étiquettes jumelles!
Mais attention, ça n’est pas parce que le flacon de cornalin étiqueté Bibacchus est très bon que l’humagne rouge Bibacchus l’est égalemen! Certes, le vendeur est le même (Coop), tout comme le prix (15.90 fr.), mais le millésime et même l’élaborateur du vin diffèrent. 2011 pour le cornalin (excellente année pour ce cépage en général!) et 2010 pour l’humagne. Le premier est une sélection des Caves Bonvin & Varone, tandis qu’au second, Coop a ajouté son propre grain de sel, selon l’étiquette… C’est un constat. Et loin de nous de vilipender le géant de la distribution, plus grand vendeur de vins suisses. La preuve, Fleur du Rhône, sa propre marque d’acheteur, sans indication précise de l’élaborateur, joue placé au 2e rang, avec un cornalin 2010 et, au 4e rang, avec une humagne rouge 2011, là encore à prix égal, 13.50 fr.
L’élan coupé de la typicité
Dans le quatuor de tête se glisse une cuvée de Provins-Valais, Le Grand Stockalper, le plus cher de la dégustation, un vin puissant, gras, bien fait, mais où certains dégustateurs ont cru reconnaître une touche de syrah… Et, dans d’autres flacons, du pinot noir bien mûr semblait «arrondir les angles» de plusieurs vins.
Mais, en vertu des textes légaux (du canton et de la Confédération), le consommateur n’a pas à le savoir: en AOC (appellation d’origine contrôlée), la réglementation permet une adjonction d’un autre cépage, et – ou plutôt ou –, d’un vin d’un autre millésime. Cumulés, les deux ne peuvent dépasser 15%. C’est dire que même pour des bouteilles étiquetées en monocépage, la marge de manœuvre du vinificateur est grande… Car 15% d’un autre cépage ont vite fait de dénaturer certaines caractéristiques. Ainsi, notre jury a eu bien du mal à reconnaître les traits d’identité de l’humagne rouge, décrits par Philippe Dupraz et Jean-Laurent Spring, dans «Cépages» (Agroscope-Ecole d’ingénieurs de Changins, 2010): «Vin de structure moyenne, avec un bouquet typé révélant des notes sauvages (animal, lierre, réglisse), mais également florales (violette) et fruitées (fruits noirs). Les tanins sont en général tendres et enrobés.» Et ces spécialistes de préciser que, «en cas de surcharge et de maturité insuffisante des raisins, leur qualité chute rapidement».
Cornalins légèrement avantagés
Les deux cornalins les mieux classés s’en tirent mieux. Et se rapprochaient de cette définition: «Dans de bonnes conditions, le cornalin permet d’élaborer des vins corsés au bouquet très complexe (giroflée, griotte, épices). (…) Les vins jeunes présentent des caractères rustiques et sauvages avec des tanins parfois un peu rudes.»
De fait, l’humagne rouge peut être consommée jeune et le cornalin mérite d’être attendu quelques années. Une différence de plus entre ces deux vins, mais que les exemples dégustés ne mettent pas assez en évidence. Il faut dire que nous avions limité notre choix à moins de 20 fr., deux bouteilles dépassant ce seuil mais vendues 16.95 fr. en action à Manor. Les deux sont de Jacques Germanier (Cave du Tunnel à Conthey) et du millésime 2010. L’humagne rouge s’est révélée exagérément boisée, tandis que le cornalin ne figure pas dans le tableau: les deux flacons, achetés à Manor à Vevey, révélaient des arômes d’oxydation. Et nous n’avons pas trouvé dans le magasin le millésime 2011 qu’internet promettait aussi pour cette promotion.
Pierre Thomas


