
Mon 2e pilier en viager
Convertir une partie de son 2e pilier en rente viagère pour améliorer le quotidien de ses vieux jours n’est pas une bonne idée, à moins de devenir très âgé.
Dans l’espoir d’augmenter leurs revenus de futurs retraités, mais aussi pour laisser quelque chose à leurs enfants en cas de décès prématuré, de nombreuses personnes projettent de retirer leur 2e pilier sous forme de capital, puis de le placer dans une rente viagère privée.
Cette solution est, pourtant, rarement rentable. Démonstration (voir tableau ci-contre). Si Monsieur Lambda, 65 ans, investit son capital de 400 000 fr., il aura droit, dans le meilleur des cas, à une rente viagère immédiate de 16 667 fr. par an (15 001 fr. après impôts). Dit plus crûment, il devra donc vivre près de 24 ans après la retraite et atteindre l’âge vénérable de 89 ans pour que le total de ses rentes dépasse son investissement initial. Et encore, notre exemple tient compte de la participation aux excédents, qui ne sont – on ne le rappellera jamais assez – absolument pas garantis. Alors qu’avec la rente LPP notre sexagénaire toucherait assurément 26 120 fr. (19 590 fr. après impôts). Différence nette entre les deux solutions: 4589 fr. par an!
Double imposition
Pour convaincre les indécis, les assureurs évoquent souvent la fiscalité attrayante des rentes viagères. Celles-ci ne sont en effet imposées qu’à 40% en tant que revenu, alors que la rente du 2e pilier l’est à 100%. C’est vrai. Mais, ils oublient de rappeler que le capital avancé pour acheter une rente viagère a été imposé au moment où la personne l’a gagné. A l’inverse, les cotisations au 2e pilier sont entièrement déduites du revenu imposable.
Ces mêmes assureurs oublient également de mentionner que le taux de conversion appliqué au 2e pilier est supérieur à celui servi pour une rente viagère. Pour la part obligatoire, il est, cette année, de 6,9% pour les hommes (6,85% pour les femmes) contre 4,67% seulement pour l’offre de rente viagère la plus généreuse, excédents inclus.
Des atouts malgré tout
A défaut d’être rentables, ces produits présentent tout de même certains atouts. En cas de décès du rentier, les héritiers toucheront une partie de la rente, alors que, dans le 2e pilier, les enfants n’ont droit à une rente d’orphelin que jusqu’à 18 ans (25 ans s’ils sont en formation). Les rentes viagères peuvent encore être souscrites sur deux têtes. Si l’une meurt, l’autre continuera à percevoir la totalité de la rente. Avec le 2e pilier, celle-ci sera en revanche amputée de 40%.
Enfin, les rentes viagères considèrent les concubins comme des couples mariés, ce qui n’est pas forcément le cas de toutes les caisses de pension. Pour autant que cela soit prévu dans le contrat, le concubin survivant continuera donc de percevoir la totalité de la rente viagère. Ou tout au moins pourra-t-il récupérer une partie du capital si l’assuré décède avant la fin du délai de restitution.
Chantal Guyon


