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Acheter du pétrole, une idée en or (noir)?

Le site Swissquote propose de «trader» du pétrole via internet en toute simplicité. Ça peut rapporter gros ou faire perdre beaucoup d’argent.

Acheter ou vendre des barils de brut avec son iPad, les doigts de pied en éventail dans son salon, c’est ce que propose désormais le site boursier Swissquote. Avec un argument choc: tout a été conçu pour que ce négoce, habituellement réservé aux pros, soit accessible au premier boursicoteur venu. «Il suffit de se connecter à la plateforme, de sélectionner le pétrole («OIL/USD»), de choisir le montant et de cliquer sur «Buy» ou «Sell», résume Marc Bürki, CEO de l’entreprise. Simple comme bonjour, et ouvert aux petits budgets, puisque le trade minimal est d’un baril (159 litres) pour 85.6 dollars ($) environ. Autre aspect intéressant, l’acheteur peut conserver son pétrole aussi longtemps qu’il le souhaite. Dans le jargon boursier, on appelle cela un «contrat de différence» (CFD).

Le baril à portée de clic et de toutes les bourses, il n’en faut guère plus pour fantasmer et s’imaginer les poches pleines de pétrodollars. Ce n’est d’ailleurs pas forcément impossible: la plateforme propose un important effet de levier allant jusqu’à 30. Exemple: avec un investissement, ici appelé «marge», de 2853 $ , vous disposez de 2853 x 30 = 85 600 $, l’équivalent de 1000 barils à 85.6 $. Dès lors, si le cours monte de 5% seulement, vous empochez 4280 $ de plus-value pour une mise initiale de 2853 $. Jackpot!

Vous risquez gros

Mais ça, c’est le scénario positif. Car, en cas de baisse, vous risquez gros.

Afin de limiter les pertes de ses clients, Swissquote clôture automatiquement la position dès qu’un certain seuil est franchi. Ce dernier correspond à l’avoir du compte, moins le montant de la marge. Si le client possède 10 000 $ sur son compte et que, pour reprendre l’exemple plus haut, il a décidé d’effectuer un achat de pétrole («marge») de 2853 $, il peut donc perdre jusqu’à 7147 $ (10 000-2853). Au-delà, sa position est bouclée et le montant correspondant perdu. Il suffit donc que le cours baisse de 85.6 $ à 78.4 $, soit une perte de 7 200 $, pour que la position soit fermée, sans que le client puisse se refaire, grâce à une hausse ultérieure du cours.

Et, plus la différence entre l’avoir total et la marge est faible, plus la fermeture automatique se fera au moindre mouvement de baisse. Ainsi, si le client n’a que 3000 $ sur son compte, son seuil de  manœuvre n’est que de 147 $ (3000-2853). Il suffit donc que le cours du brut passe de 85.6 $ à 85.4 $, soit une perte de 200 $ (85 600 $-85 400 $) pour que le round se termine par un K.-O.

Bien comprendre les enjeux

Posséder une réserve importante sur son compte permet donc de tenir sa position en cas de baisses modérées, mais expose à de grandes pertes, en cas de chute des cours. A l’inverse, avoir peu de réserve expose à une clôture à la moindre baisse.

Frissons garantis donc, pour le meilleur ou le pire, car le cours du pétrole n’est pas un long fleuve noir tranquille. (lire encadré). Raison pour laquelle de nombreuses banques romandes ne proposent pas ce genre de négoce à leurs clients. «Les prix du pétrole ont un caractère volatil marqué et ne se prêtent pas à l’investissement de tout un chacun», précise Olivier Schaerrer, porte-parole adjoint de la Banque Cantonale de Genève.

On l’a compris: même s’il peut se négocier depuis son salon, le pétrole n’est pas un investissement de bon père de famille. Il s’agit avant tout de spéculation à court terme sur un produit volatil, avec de gros gains potentiels, mais aussi un risque élevé de perte.

«Cette plateforme est remarquable, car elle donne des instruments autrefois réservés à des professionnels chevronnés», estime Michel Donegani, CEO de Prisminvest, société de gestion de fortune basée à Morges (VD). Mais, pour éviter de perdre sa chemise, il faut être sûr de bien comprendre le fonctionnement de l’instrument lui-même et ce qu'on risque. Sinon, il ne faut pas y toucher, prévient Michel Donegani, qui confie «avoir vu des pros se faire lessiver dans le pétrole à cause de l’effet de levier». Ce dernier préconise ainsi «de commencer par un montant qu’on peut perdre en une journée, sans que cela hypothèque la fin du mois».

Un conseil qui n’est pas très éloigné de celui donné par Marc Bürki: «A chacun de définir son niveau de rendement espéré et le risque qui s’y attache en fonction de sa situation personnelle.» Si vous désirez tenter l’expérience sans risquer votre bas de laine, Swissquote a conçu une version démo gratuite sur laquelle l’internaute peut, pendant un mois, passer des ordres purement fictifs.

Sébastien Sautebin