Restez un consommateur averti et profitez de nos avantages abonnés
Pourquoi pas
Non merci
Panier
x
Le panier est vide

Cocorico pour un blanc mondialisé

Avec le chardonnay, le sauvignon blanc est le cépage de la mondialisation de la viticulture. Mais les producteurs de sa patrie d’origine, la France, n’ont pas perdu la main.

Le sauvignon blanc exhale des arômes puissants et frais, dits de «bourgeon de cassis», d’«asperge» ou de «gazon fraîchement coupé». L’utilisation de levures sélectionnées, ciblées pour ce cépage, les amplifie et gomme les effets éventuels du terroir. Et, parmi notre jury qui déguste à l’aveugle, bien malin aurait été celui (ou celle) qui aurait parié sur un quatuor français en tête de la dégustation.

Nouvelle-Zélande larguée

Jamais autant qu’aujourd’hui les sancerres, d’entrée et du moyen de gamme, ont été aussi proches de l’image planétaire du sauvignon blanc. La Nouvelle-Zélande, longtemps leader un blanc idéal, vif et frais, pour accompagner les poissons et les fruits de mer, est larguée en queue de notre classement, avec des vins décevants, très «fabriqués», déséquilibrés entre la sucrosité et l’acidité.

Seul le vin des antipodes figurant à la cinquième colonne dans notre tableau s’en tire avec les honneurs. Mais il est dépassé, dans le rapport qualité-prix, par un flacon du Languedoc, vendu, ou plutôt bradé, à 3.29 fr. à Aldi. Qui gagne sa vie à un prix pareil? Marge du vendeur, droits de douane, transport, emballage, que reste-t-il au viticulteur? Ces importations, les vignerons suisses les stigmatisent, à juste titre, surtout quand les producteurs sont des (presque) voisins. Mais, à l’aveugle, de tels vins peuvent s’avérer d’un niveau plus qu’acceptable. Ce qui n’était pas le cas de deux sauvignons 2011, chiliens, vendus par Denner, le Tarapaca (7.95 fr.) et le Los Passos (4.95 fr.), qui ne figurent pas dans le tableau. Le premier était bouchonné et le second se signalait par de la réduction, brouillant ses arômes, répulsifs au nez.

Des prix surfaits

Si, compte tenu de leur notoriété, les vins de la Loire sont d’un prix soutenu (entre 12.95 fr. et 17.95 fr.), que dire du sud-africain Vergelegen et du néo-zélandais Matua Valley? Le premier est vendu en Suisse par Globus (19.90 fr., le plus cher de notre sélection) et le second par Coop (12.90 fr.), pour une qualité ne correspondant pas à ces prix. Pire, selon le site comparatif www.wine-searcher.com, le Vergelegen est vendu entre 12 fr. en Angleterre et 15 fr. en Allemagne, et le Matua Valley dès 7.45 fr. sur le marché américain: le consommateur suisse trinque donc, sans égard pour le fameux «franc fort»…

Entre prix cassés et prix surfaits, pas facile d’y voir clair, sur le marché suisse du vin blanc, où la part des vins étrangers ne cesse de croître, passant de 17% en 1990 à près de 45% en 2011 (37,5 millions de litres importés en 2011). Le goût des Suisses se modifie aussi: les Alémaniques, notamment, sont friands de vins plus acides et plus aromatiques que le chasselas. Sauvignon, par exemple de la Rueda, mais aussi verdejo de la même région (dont la Suisse est le plus gros acheteur étranger) et le grüner veltliner autrichien sont très appréciés outre-Sarine.

Au passage, on notera l’absence de sauvignons suisses: la Cave de Genève en propose certes une bouteille à Coop, mais que nous n’avons pas trouvée en magasin (elle figure sur le site internet du distributeur), et Uvavins, la coopérative de La Côte vaudoise, en signe un dans sa ligne Expression, médaillé d’argent au Concours mondial du sauvignon, à Bordeaux, ce printemps, mais introuvable dans les supermarchés. Les autres sauvignons suisses sont des vins de niche de vignerons-encaveurs surtout genevois, vaudois et tessinois.

Pierre Thomas


Pour télécharger le tableau comparatif, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.