
La Toscane coupée en deux
Les vins de Toscane sont parmi les plus réputés d’Italie, leader des vins importés en Suisse. Mais le haut de gamme est préférable au bas des rayons des supermarchés.
Il ne faut pas se fier au prix (haut ou bas!) pour acheter un vin d’une région ou d’un cépage donné. La dégustation de ce mois, pourtant, infirme cet axiome, démontré régulièrement par le jury de professionnels de Tout Compte Fait.
Grosso modo, un tiers des 180 millions de litres de vin importés chaque année en Suisse provient de l’Italie. Et la Toscane, avec 60 000 hectares, soit quatre fois la superficie viticole de la Suisse, est une des régions phare. Elle compte huit «dénominations d’origine contrôlée et garantie» (DOCG), toutes en crus rouges, sauf une, et près de 40 «dénominations d’origine contrôlée» (DOC). A ces vins, aussi réputés que le Chianti Classico, le Vino Nobile di Montepulciano ou le prestigieux Brunello di Montalcino, s’ajoutent des IGT Toscana. Dans la législation italienne, ils ont remplacé les «vini da tavola».
Fruit de l’histoire récente
Au milieu des années 1980, ces vins sans dénomination gagnèrent leur galon de vedettes, appelées «supertoscan», comme le Sassicaia. Parti de rien, ce vin rouge a été reconnu le meilleur (et parmi les plus chers!) de l’Italie moderne. En vingt ans, il a reconquis une place, qui reste à part, puisqu’une DOC lui est désormais à lui seul réservée.
Ces pages d’histoire expliquent le clivage net entre les six premiers vins de notre dégustation, d’un prix moyen de 19 fr., et les six derniers, au prix moyen de 9 fr. En Toscane, chaque domaine peut produire des vins DOC (ou DOCG) et, parallèlement, des vins IGT. Mais même avec ces derniers, des producteurs visent l’excellence, dans le sillage de leurs autres crus. C’est le cas du vainqueur «suisse» du jour (lire l’encadré ci-contre), du troisième (Rubio) et du quatrième (ColleMassari). De son côté, la grande maison florentine Antinori (6e) avait quitté le «consorzio» du Chianti Classico, pour produire, dans la région de Cortone, un vin d’entrée de gamme, le Santa Cristina (décevant 11e). En février, Antinori a annoncé revenir dans le giron du Chianti Classico, du moins avec ses meilleures étiquettes.
A l’origine des IGT toscanes se trouvent la volonté de pouvoir planter les cépages les plus divers et d’échapper à des rendements à la vigne jugés trop bridés, pour créer des vins plus modernes que ceux des appellations d’ancienne réputation. Puis, le Chianti Classico a lui-même mis de l’eau dans son vin, si l’on peut dire, en tolérant l’apport de «cépages internationaux» (merlot, cabernet sauvignon, syrah), en minorité à côté du sangiovese toscan.
Un vin mûr et d’autres en devenir
En règle générale, le consommateur n’est pas informé de ces subtilités. Il doit faire confiance au contenu de la bouteille. Ainsi, classé 5e, le Rosso dei Notri se contente, sur sa contre-étiquette, de mentionner «sangiovese et cépages internationaux». Classé deuxième, mais meilleur rapport-qualité prix, le Sentimento de Trambusti apparaît comme le porte-drapeau de la cave (sur son site internet). Sa contre-étiquette précise aussi qu’il est composé de 85% de sangiovese, de 10% de cabernet sauvignon et de 5% de syrah. Elevé 18 mois en barrique de chêne français, avec plus de trois années de vieillissement, il est apparu au pic de son expression aromatique, mûr et séduisant, avec une richesse en alcool identique au Tre (13,5%). Il est d’un abord plus immédiat que le vainqueur du jour et que ses suivants, qui supporteraient une garde en cave de deux ou trois ans. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour se rabattre sur les vins meilleur marché; ces derniers manquent singulièrement de charme. Pasta et basta!
Pierre Thomas


