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Plutôt johannis’ ou païen?

Le Valais produit plusieurs «spécialités» blanches. Une ancienne, tel le johannisberg, et une nouvelle, tel le païen-heida. Notre jury en a dégusté six de chaque.

La surprise a été de trouver autant de «spécialités» dans les supermarchés. Cela s’explique, d’une part, par la panoplie complète des sources d’approvisionnement de Coop et, d’autre part, par la bonne diffusion des vins de la Coopérative Provins-Valais. A elle seule, elle représente un bon quart de la production valaisanne et demeure la plus grande entreprise vitivinicole suisse. Ce que Provins appelle ses «marques» (soit ses lignes de produits) représentent 64% du volume écoulé, une proportion qui a doublé en dix ans, par rapport aux vins de base ou en vrac.

Marque d’entrée de gamme

Dans le classement des johannisbergs, Provins n’apparaît pas sous son nom. Mais c’est Coop, avec sa propre marque d’acheteur d’entrée de gamme, «Fleur du Rhône», qui s’impose. La contre-étiquette ne précise pas chez quel producteur le distributeur bâlois a fait ses emplettes, mais, à en croire l’étiquette, le vin vient de Chamoson, la capitale de ce cépage (800 000 litres produits en 2011). A noter qu’à un prix contenu, le heida (païen) de la même ligne se classe deuxième. Le jury a trouvé ce johannisberg 2011 bien «typé», avec une acidité basse et une légère amertume finale (note d’amande douce), qui sont les caractéristiques du sylvaner cultivé en Valais.

De la Coopérative Sankt Jodern, on aurait bien voulu goûter le heida, dont Visperterminen, avec ses vignes parmi les plus hautes d’Europe (sommet à 1100 mètres d’altitude), est une des terres d’élection. Hélas, proposé sur le site internet de Coop, il était indisponible dans la région lémanique. De la même cave, le johannisberg 2010 est lui aussi bien typé.

Les millésimes 2010 et 2011 se valent, avec, en principe, un peu plus d’acidité sur 2010 et un peu plus de richesse sur 2011, mais le 2010 de Landi termine sixième de la dégustation. Les vins tirés du johannisberg, comme du païen-heida, sont réputés se bonifier avec le temps, davantage que les chasselas-fendants les plus courants ou que les petites arvines, qui perdent rapidement leur exubérance.

Des heidas semi-aromatiques

Tous les johannisbergs dégustés ont été jugés corrects, à des prix au-dessous du païen-heida. Ce dernier cépage était confidentiel dans les années 1990 et s’est fortement développé depuis (lire encadré). Provins abreuve largement les supermarchés avec cette «spécialité» au succès récent et au prix soutenu. La plupart des vins dégustés sont des 2010, une année où l’acidité et les goûts de fruits exotiques, de citron vert, qui rappellent parfois ceux de l’arvine, ont bien pu s’exprimer.

Le savagnin blanc semi-aromatique n’exclut pas une certaine richesse alcoolique: la plupart des vins affichent 13,5% d’alcool et plus souvent 14%. Ce haut taux d’alcool n’est pas sans conséquence sur l’équilibre du vin. Ainsi, le plus cher parmi les vins de Provins, de la ligne Maître de Chais, a cédé le pas – à l’aveugle, bien sûr! – devant un flacon portant la signature de la journaliste et dégustatrice zurichoise Chandra Kurt. 

Pierre Thomas


Pour télécharger le tableau comparatif, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.