
Le National enterre les sacs en plastique
«Je suis gratuit, transparent, ne pèse presque rien, mais représente un gros problème de pollution à l’échelle mondiale: qui suis-je?» Le sac en plastique, bien sûr! Emballage par nature éphémère – sa durée de vie moyenne est estimée à 25 minutes – il s’en distribue des centaines de millions par années à la sortie des caisses du pays. Mardi dernier, le Conseil National a décidé de mettre fin à l’invasion des cabas jetables sur sol helvétique, répondant ainsi à une motion du PDC Dominique de Buman.
La croisade du Fribourgeois contre la prolifération des sacs de caisse a débuté il y a quatre ans et elle n’est pas terminée. Il estime que, si le problème dépasse largement les frontières de la Suisse, notre pays pourrait facilement donner l’exemple. Le Conseil des Etats doit encore se prononcer alors que le Conseil Fédéral ainsi que les chaînes de supermarchés sont opposés à une interdiction.
L’interdiction se mondialise
«Les avantages de ces ustensiles de la vie moderne ne justifient pas les dommages qu’ils occasionnent à la planète», juge Dominique de Buman. Il relève que leur fabrication est très gourmande en pétrole et qu’ils dégagent de la dioxine lors de l’incinération. Ils sont, de plus, un véritable fléau pour la faune aquatique qui les ingurgite, notamment les tortues. Sans compter les dégâts visuels lorsqu’ils tapissent des paysages entiers, poussés par le vent.
De l’Europe aux Etats-Unis, en passant par l’Inde et la Chine, de nombreux pays les ont déjà interdits ou sont en voie de le faire. En Suisse, pour l’heure, seuls le Tessin, Berne et Jura les ont bannis de leurs législations respectives. A Genève, Migros a décidé de ne plus donner de «cornet jetable» en accord avec les autorités municipales.
Alternatives problématiques
La situation est quelque peu particulière en Suisse, fait observer Monika Weibel, porte-parole de Migros. Le problème de ces sachets provient essentiellement des décharges à ciel ouvert. En Suisse, celles-ci n’existent pas, la quasi totalité des 3000 tonnes de sacs en plastique consommés par année est incinérée. Cela ne correspond qu’à 0,5% de tous les plastiques utilisés, estiment en outre les autorités fédérales.
La question de leur remplacement n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. Les sachets en papier posent problème car ils utilisent de grandes quantités d’eau et de cellulose et qu’ils sont lourds à transporter. Quant à leurs succédanés biodégradables, qu’ils soient produits à partir de maïs, de patate ou de soja, les études menées par Coop montrent que leur écobilan n’est pas toujours favorable. Au contraire, surtout lorsque le maïs est transgénique ou que le soja est produit à grand renfort de pesticides…
Quoi qu’il en soit, la seule réponse crédible ce sont les sacs réutilisables, plaide Dominique de Buman. On observe que les consommateurs français ou allemands s’y sont accommodés sans trop rechigner. De même les Suisses semblent apprécier les cabas durables et très résistants qui leurs sont proposés aux caisses au prix de 2 francs.
Philippe Chevalier


