
La totalité des dons n’arrive pas sur place
Où va mon argent? La pratique des organisations humanitaires actives dans les pays pauvres est très contrastée.
L’image du Suisse près de ses sous a la vie dure. Pourtant, selon un sondage réalisé par l’Institut GfS-Zurich, les Helvètes se sont saignés de quelque 1,3 milliard en dons divers l’an passé, ce qui représente une moyenne de 684 fr. pour chaque ménage donateur. Une bonne partie de ces dons est destinée aux pays pauvres. Mais quelle est la part qui parvient effectivement aux populations déshéritées?
Pour le savoir, nous avons épluché les comptes des treize plus grandes organisations humanitaires basées en Suisse. Nous en avons retenu dix (voir tableau ci-contre) principalement impliquées dans les pays en développement, ce qui explique que Caritas et Pain pour le prochain, deux institutions importantes, aient été écartées. Nous avons également laissé de côté la Chaîne du bonheur et Pain pour tous, qui se chargent de collecter l’argent pour d’autres organisations partenaires, telles que Médecins sans frontières ou Helvetas.
Concrètement, nous avons cherché à savoir, pour chaque franc récolté, quelle proportion était effectivement investie à l’étranger. Nous avons pris le parti de ne pas inclure dans notre calcul les frais administratifs et les salaires en Suisse, pas plus que les hauts salaires des experts locaux.
Helvetas: 80% à l’étranger
Il ressort que la majorité des associations humanitaires affectent directement à l’étranger entre deux tiers et trois quarts de leurs dépenses. Avec de grandes variations. Le «leader» de notre classement est Helvetas. Pour 1 franc de don, 80 ct. vont dans des projets en Asie, en Afrique ou en Amérique latine. Selon son porte-parole, Stefan Stolle, les salaires représentent la plus grande part des coûts. Helvetas travaille presque uniquement avec du personnel local. Sur les quelque 700 collaborateurs à l’étranger, on compte seulement 42 Suisses, qui sont payés en fonction du pouvoir d’achat local.
Le bilan est semblable du côté de l’organisation chrétienne World Vision Suisse: en 2010, les dépenses sur le terrain, ventilées dans 30 pays, représentaient 79,7% au total.
Terre des Hommes: 47,2%
A l’autre extrémité du tableau, Terre des hommes Suisse (TdH) n’affecte, selon nos calculs, que 47,2%, des dons récoltés à des projets hors du pays. Le codirecteur, Stefan Studer, rétorque que, «lors de la dernière certification (externe, ndlr), les frais d’administration et les coûts des collectes de fonds ont été estimés à 29%. Et 71% ont donc été consacrés à des projets.» D'après lui, ce relativement faible pourcentage s’explique par le fait que certaines dépenses liées à des projets à l’étranger impliquent du travail en Suisse et sont, de ce fait, imputées sur le budget national. Il en va ainsi des réseaux de protection de l’enfance, mis en place par TdH sur quatre continents.
De son côté, l’organisation chrétienne Mission 21 investit environ 61,4% de ses revenus dans des projets à l’étranger. Mais, selon Anna Wegelin, chargée des relations avec les médias, Mission 21 n’est pas une association humanitaire classique, dans le sens où elle développe, en parallèle, une activité missionnaire importante.
Méfiance envers les experts locaux
Pour sa part, Swissaid justifie son faible pourcentage de 62,5% du fait que, pour elle, l’action sur le terrain n’est pas tout. Ses campagnes de sensibilisation aux enjeux de la sécurité alimentaire et son activité de lobbying en faveur des politiques de développement font aussi partie de son mandat, mobilisant 15% de son budget.
Quant à Swisscontact, on pourrait dire qu’elle nage un peu à contre-courant. Alors que les autres organisations en font un «argument de vente», elle affirme ne pas employer d’experts locaux. A la suite de mauvaises expériences, précise la cheffe des finances, Béatrice Horn. 16% des coûts d’un projet partent ainsi dans les salaires d’experts externes, les allocations, les assurances, l’hébergement ainsi que les frais de scolarité. Dès lors, seuls 70,6% reviennent aux populations locales.
En définitive, entre les frais administratifs, les campagnes de sensibilisation et les actions sur le terrain, il reste difficile de savoir précisément comment les organisations utilisent les sommes qui leur sont confiées. On en est donc réduit à se fier à leur réputation, en ciblant éventuellement son don sur un projet précis.
Thomas Lattmann/phc
Lire précision sur cet article dans le courrier des lecteurs
Pour télécharger le tableau comparatif, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.
Voir les résultats
Lire l'article

