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Des chasselas 2011 chahutés

à la fin d'avril, les vins blancs 2011 n’étaient pas encore vraiment en place dans les supermarchés. Le millésime, réputé de qualité supérieure à 2010, est plus délicat, à priori.

Il fallait les dénicher, ces premiers 2011. Exemple avec La Thibaude, une sélection de Coop. Le 18 avril, ce vin, millésime 2011, figurait sur le site internet du principal distributeur de vins suisses. Au premier point de vente de la région lausannoise, un seul flacon de 2011 était placé devant cinq autres de… 2010. Le jour suivant, que du 2010, dans un autre magasin. Et, le lendemain, ailleurs encore, que du 2011 et, qui plus est, en promotion à 9.95 fr.!

Les consommateurs ne savent à quel saint se vouer: dans les gondoles, les millésimes se mélangent (Coop, Denner, Lidl) ou les petites étiquettes ne correspondent pas au contenu du casier (Manor). A Manor, Les Murailles 2011 était même proposé massivement en promotion (à 16.25 fr.), alors que d’autres références de 2010 figuraient dans l’assortiment. Et, au moment de rédiger le compte rendu de cette dégustation, Denner déstockait ses chasselas 2010…

Les vins vaudois tiennent aux 70 cl

Tout cela traduit bien le marasme qui guette le secteur du vin blanc suisse (lire ci-contre). On y ajoute l’ambiguité du flaconnage. L’essentiel des vins présentés dans le tableau ci-contre a été embouteillé en 70 cl, notamment dans le fameux «demi-pot vaudois», bouteille distinctive (dans le tableau, voir les vins aux 2e, 6e et 11e rangs). Seuls trois vins figurent en 0,75 litre (ceux des 3e, 7e et 10e rangs). Le Conseil fédéral devrait trancher prochainement: il pourrait exiger que tout prix de vin soit rapporté à l’unité de 100 cl (un litre), tout en tolérant l’exception helvétique de la 70 cl, alors que l’Union européenne s’est ralliée depuis longtemps à la 75 cl.

Troisième remarque, cette dégustation s’est bornée à un «championnat vaudois», à l’exception d’un seul valaisan, de Provins, alors que le fendant reste le vin blanc valaisan le plus vendu dans les grandes surfaces. Là encore, il restait des 2010 à profusion…

Venons-en à la dégustation. Par rapport aux 2010, également dégustés à la fin d'avril (TCF, 5/2011, les 2011 paraissent plus difficiles d’accès. Jean Solis, spécialiste reconnu du chasselas, les a trouvés souvent «verticaux», refermés sur eux-mêmes et rigides. Alors que cinq vins avaient été qualifiés de «bon» (plus de 14/20) il y a un an, ils ne sont que deux cette année.

Les deux Saint-Saphorin des frères Dizerens, détenteurs de Léderrey SA, permutent aux premiers rangs. Cette fois, c’est celui proposé par Aldi qui devance nettement celui de Lidl. Les mêmes frères, en nom propre, glissent un vin au 4e rang et un autre au 11e, tiré d’un demi-pot vaudois obturé par un bouchon en plastique.

La technique contre le terroir

Issus du même groupe (Schenk), un Aigle proposé par Denner se classe devant Les Murailles acheté à Manor, très technique, marqué par la vinification et jugé «kitsch» par un membre du jury. Les deux sont des AOC Chablais, autorisant 60% de vin du lieu de production (Aigle), 40% de l’AOC (reste du Chablais), sans compter le coupage de 10% avec du vin blanc vaudois.

Car telle est la législation cantonale entrée en vigueur dès 2009. Elle élargit et banalise l’expression du terroir. D’ailleurs, un vin générique, tel le La Côte, vendu 4.99 fr. (75 cl) chez Aldi, fait mieux que le seul «grand cru», déniché chez Denner, le Château de Luins, à 8.95 fr. et limité à 90% à son lieu précis de production selon la législation.

Moralité de cette dégustation (trop) printanière: les vins blancs suisses 2010, encore nombreux sur le marché, permettent d’attendre l’élargissement de l’offre de 2011.

Pierre Thomas


Pour télécharger le tableau comparatif, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.