
Dans la sueur des bus
La ville allemande de Leipzig a récemment permis à ses habitants d’emprunter gratuitement les transports publics pendant quatre jours. Objectif? Convaincre les automobilistes d’opter pour le bus. Alors que les agglomérations sont asphyxiées par les embouteillages, prisonnières de conducteurs désespérément seuls dans leur tas de ferraille, alors que le réchauffement climatique obligera peut-être nos descendants à traverser la Suisse romande à dos de chameau, alors que l’envolée du prix de l’essence ruine nos portemonnaies, l’idée semble avoir du bon.
Mais l’automobiliste a-t-il vraiment envie de troquer ses habits de pollueur criminel coincé dans les bouchons contre ceux du gentil citoyen entassé dans un bus wagon à bestiaux, au milieu d’un troupeau d’inconnus tirant la gueule et baignant dans une atmosphère d’aisselles rances et d’haleines fatiguées? La gratuité du déplacement pourrait être un facteur déterminant. Reste à convaincre les contribuables.
Soumis à votation au Locle (NE) en 2004, le projet a été balayé par 74% des votants. Les Loclois n’idolâtrent pas leur bagnole: ils ont estimé que l'initiative creuserait plus la dette communale qu'elle ne réduirait le trafic. La cité des Montagnes neuchâteloises subit en effet le transit de milliers de frontaliers. Et, comme pour de nombreux pendulaires ailleurs en Suisse romande, la gratuité n’aurait pas suffi à les convaincre d’abandonner leur voiture. Pour une raison évidente: selon le lieu où l’on réside, il est beaucoup trop compliqué ou tout simplement impossible de se rendre à son travail avec les transports publics.
Sébastien Sautebin


