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Tous les riojas ne pédalent pas dans le même sens

Le rioja est un des vins rouge espagnols les plus vendus en Suisse. Pour la première fois, le jury de ce magazine a dégusté des Reservas.

Une fourchette dans les supermarchés entre trois prix d'appel à moins de 8 fr. et une bouteille à presque 28 fr., avec une médiane à 15.60 fr. et un vainqueur à 14.50 fr.! Le résumé est édifiant: pour un vin rouge de bonne structure, solide, idéal à table, le rapport est bon. Et les Suisses s'y reconnaissent: ils achètent en moyenne une bouteille de rioja par an et par personne (6,5 millions de litres importés en 2011).

Le diable, alors, se cache dans le détail. D'abord, il n'est pas nécessaire de mettre 14.50 fr. pour un bon rioja: le deuxième classé, Cepa Lebrel 2007 est à 7.99 fr. chez Lidl, reflet à la fois des stocks dans la plus fameuse région d'Espagne et des prix «cassés» par certains discounters. Notre jury a préféré un certain classicisme, avec le Campo Viejo 2006 (Coop), plutôt que la modernité du Baron de Ley 2005 (Globus).

Que de très bonnes années!

Les millésimes expliquent-ils ces différences? Selon le syndicat des producteurs, ces dix dernières années ont été les plus remarquables de toute l'histoire de la Rioja, dont la dénomination d'origine existe depuis 1925. De 2004 à 2010, deux millésimes sont jugés excellents et les quatre autres (2006, 2007, 2008, 2009) sont tous classés «très bon».

Même s'ils ne coûtent «que» 15 fr., les riojas reservas sont d'un bon niveau. Récemment, le site internet allemand wein-plus.eu, à l'appui d'une dégustation – où aucun des vins testés ici n'est classé parmi les meilleurs – remarquait que l'éventail va d'un style extrêmement traditionnel, oxydatif, léger, jusqu'à la modernité la plus pointue et des vins fruités, crémeux et épicés par la barrique neuve. Effectivement, notre dégustation a oscillé entre ces deux extrêmes. Ceux-ci s'expliquent moins par le climat et les cépages (lire encadré) que par le style des vins voulu par leurs élaborateurs. Le vainqueur du jour est emblématique: assemblage classique d'abord du grand cépage espagnol tempranillo, avec deux variétés d'appoint (graciano et mazuelo) et 13,5% d'alcool, la moyenne pour les vins dégustés. Et, surtout, 18 mois de barriques.

Du chêne et du… liège

C'est dans cet élevage que se cache le goût, apprécié ou dédaigné, des riojas reservas. Le Campo Viejo affiche 18 mois de fût comme la majorité des vins dégustés. Un seul «intrus», très relatif: le Heras Cordon (Manor), quatrième de notre palmarès. Il s'agit d'une cuvée spéciale, classée Crianza, soit un an de fût, mais neuf, de chêne tant français qu'américain. Le doigté des sélectionneurs de barriques est capital, au-delà d'une année en fût de chêne. Ajouté à une vendange surmûrie, le chêne pas très net donne des effets désastreux, alors que le tempranillo, comparable au sangiovese toscan, voire au pinot noir bourguignon pour sa délicatesse, mérite mieux que de vieux fûts de fond de cave.

On s'étonnera ainsi du mauvais classement du très populaire Marquès de Riscal (vendu par Denner, Coop et Manor), du Muga «normal», alors que le Torre Muga et la Seleccion Especial sont reconnus parmi les meilleurs, et du Conde de Valdemar. Et, «in cauda venenum» (le venin est dans la queue), il a fallu ouvrir la deuxième bouteille de cinq vins, l'un, de CVNE (vendu par Coop), étant même doublement bouchonné, et donc éliminé. Même le vainqueur du jour présentait, sur un des deux flacons, un goût de moisi attribué au bouchon, mais évidemment pas sur le deuxième.


Pour télécharger le tableau comparatif, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.