
Primitivo et zin’: match nul
L’un grandit dans le sud de l’Italie, l’autre en Californie. Pourtant, le primitivo des Pouilles et le zinfandel de Californie sont génétiquement identiques.
Nouvelle rassurante pour les lecteurs: le jury spécialisé de Tout Compte Fait n’est guère différent du grand public. Quand on lui soumet une série de douze vins rouges, il préfère le plus charnu, le plus rond, le plus flatteur. Ainsi, les deux vins classés en tête de cette dégustation sont les plus riches en alcool: 14,5% avoués pour le Primitivo di Manduria 2010 et 15% pour le Zinfandel 2007 californien. C’est plus que la moyenne des vins en dégustation qui, pour la plupart, affichaient entre 13,5% et 14,5% d’alcool, mais, compte tenu de la tolérance légale de 0,5% en plus ou en moins, la richesse de tous ces rouges est comparable. Cependant, comme pour l’impression de sucrosité, d’acidité ou d’astringence des tanins, tout est affaire d’équilibre dans un vin.
Des rouges riches et suaves
Le talon de la botte italienne cultive depuis la nuit des temps des cépages rouges, riches en couleurs, en tanins et en alcool. Sans les vents des mers Adriatique et Ionienne, qui balaient les vignobles et tempèrent les nuits, il serait difficile de faire pousser du raisin sous un climat si chaud et extrême. La remarque vaut aussi pour certaines régions de Californie. Les jumeaux, primitivo et zin’, donnent donc des vins forcément riches, onctueux, suaves, gras, «épais». Mais ce style plaît. Voilà pourquoi les rouges des Pouilles étaient envoyés, pêle-mêle, par trains entiers dans le nord de l’Italie, comme la France s’abreuvait, au temps des colonies, des vins «médecins» d’Algérie. Et, aujourd’hui, la région est le deuxième producteur viticole de la Péninsule, derrière la Vénétie et devant l’Emilie-Romagne et la Sicile. A elles quatre, elles mettent sur le marché 60% des vins d'Italie.
Mentionné dans un coin de page d’un atlas des vins italiens publié il y a 15 ans, le primitivo connaît un succès grandissant. Il profite de l’abondante littérature parue autour de sa parenté avec le zinfandel (lire encadré ci-contre). Faut-il alors choisir, dans les rayons des supermarchés, un vin des Pouilles ou de Californie? Les prix se valent, les qualités aussi. Et d’aucuns, dans notre jury, avaient cru déceler les arômes caractéristiques du zin’, soit la cannelle, le tabac et le cuir, dans l’«epicuro», cinquième du tableau, un Primitivo di Manduria, la région entre le golfe de Tarente et Brindisi, classée en DOC, pour dénomination d’origine contrôlée.
Dénominations complexes
Plus bas, dans le Salento, en direction de Lecce puis de la péninsule salentine, les vins ne sont qu’IGT (indication géographique typique, soit vin de pays) ou, selon la nouvelle terminologie européenne, IGP (indication géographique protégée). Ce Salento-là, toujours accompagné du mot «primitivo», ne doit pas être confondu avec une autre I.G.T., le Rosso del Salento, assemblage de negr(o)amaro (on élude le «o» en prononçant son nom) et de malvoisie noire, deux autres cépages typiques des Pouilles. Pour compliquer le tout, certains vins ne sont étiquetés que Puglia IGT Et les mêmes domaines ou coopératives utilisent toutes ces appellations!
Quant aux zin’ de supermarchés, ce sont des flacons d’entrée de gamme, qui échappent au système de dénomination, encore peu usité aux Etats-Unis, où la marque prévaut. Hasard ou volonté du marketing, tant la forme des bouteilles que le style de l’étiquette, souvent avec du rouge et du noir, sont semblables pour les deux provenances. C’est bien connu: les jumeaux s’habillent à l’identique…


