
Retrait des prothèses PIP au tiers du prix?
Une clinique réputée d’Istanbul effectue le remplacement des implants mammaires PIP pour 2740 fr. Prudence toutefois.
C’est de bonne guerre: les entreprises spécialisées dans le tourisme médical s’attaquent aux prothèses PIP, avec des tarifs hors de portée des cliniques helvétiques. La société genevoise Novacorpus propose le retrait des implants et le remplacement par des nouveaux dans une clinique réputée d’Istanbul au prix de 2740 fr., y compris le vol et deux jours d’hôtel. Imbattable! Dans une clinique suisse, la même prestation revient entre 6 000 et 11 000 fr., selon une enquête publiée hier dans La Liberté.
Ces implants commercialisés par la société française Poly Implant Prothèse (PIP) sont au centre d’une large polémique. Réalisés avec un gel de silicone non conforme, ils sont susceptibles de se rompre provoquant des inflammations plus ou moins graves. Ils sont aussi soupçonnés d’avoir une responsabilité dans le cancer du sein, mais le lien n’a pas été démontré. En Suisse, environ 280 femmes seraient concernées.
Or, contrairement à la France, la Suisse ne recommande pas le retrait des implants douteux à titre préventif. Les porteuses qui souhaitent malgré tout les retirer doivent le faire à leurs frais, l’assurance maladie de base n’entrant en matière qu’en cas de rupture ou de fuite.
Dans ce contexte, le voyage médical en Turquie devrait en tenter plus d’une. A en croire le Dr de Buren, directeur général de Novacorpus, l’opération à Istanbul apporte exactement les mêmes garanties que si elle était réalisée en Suisse. Le Kadikoy Florence Nightingale Hospital, où opère le chirurgien Cem Zeybek, est certifié par un organe indépendant américain. On y pratique des greffes de cœur ou de foie. «La clinique jouit d’une excellente réputation», rapporte aussi Salika Wenger, présidente de l’association «Victime du 95C». En outre, en cas de complications qui ne pourraient être gérées à distance par le médecin d’Istanbul, les patientes peuvent consulter une médecin partenaire en Suisse. Elles peuvent aussi contracter une assurance auprès de la Lloyd’s qui les couvre pendant six mois. . Il leur en coûtera toutefois 750 fr.
Il n’empêche, Claudia Meuli-Simmen, spécialiste de la chirurgie mammaire et présidente de la Société suisse des plasticiens, demeure réservée face à ce type d’offres, d'une manière générale. Tout en reconnaissant qu’il existe des chirurgiens excellents à l’étranger, elle aimerait en savoir davantage sur le mode opératoire. Elle estime par ailleurs qu’une garantie de six mois n’est pas suffisante, dans la mesure où des infections peuvent se déclarer une année, voire deux ou trois ans plus tard. La situation n’est, en effet, pas claire pour le remboursement par l’assurance obligatoire, de soins consécutifs à un traitement considéré comme relevant de la chirurgie esthétique. Le Dr de Buren fait toutefois valoir qu’il en va exactement de même si l’opération est réalisée à Istanbul, Grenoble ou Genève.
Philippe Chevalier


