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Coop est contre un étiquetage clair

L’indication géographique des produits alimentaires européens coûterait cher à la grande distribution qui réclame un allégement de la loi. Coop confirme, Migros nuance!

Coop aime à vanter ses efforts de transparence dans le domaine de la nutrition et de la santé. Mais, il y a parfois du chemin de la parole aux actes, lorsque ses intérêts économiques sont en jeu, comme le démontre une enquête de notre confrère K-Tipp. Coop estime que les consommateurs suisses n’ont pas besoin de connaître la provenance précise des produits alimentaires dès lors qu’ils sont issus de la zone euro.

Le grand distributeur est monté au front dans le cadre de la révision de la Loi sur les denrées alimentaires, qui doit entrer en vigueur en 2014. Actuellement débattue au Parlement, la nouvelle mouture vise diverses harmonisations avec le droit européen. L’industrie alimentaire veut profiter de cette mise à plat pour modifier le volet concernant l’étiquetage des denrées alimentaires.

Elle remet ainsi en cause l’obligation d’indiquer l’origine de certains produits, tels que le riz, la pizza ou les biscuits, lorsqu’ils proviennent de la zone euro. Les fruits, les légumes et la viande ne sont pas visés dans la mesure où ils sont majoritairement produits en Suisse.

L’industrie fait valoir qu’en Europe, contrairement à chez nous, il n’est plus nécessaire de mentionner sur l’étiquette l’indication du pays d’origine, une mention générique «produit dans l’UE» suffit. Selon Coop, cette exception helvétique est un gros obstacle à l’importation. Car lorsque l’importateur doit modifier l’emballage d’un paquet de riz uniquement pour le marché Suisse, cela coûte de l’argent, explique le président du conseil d’administration Hansueli Loosli. Combien? Mystère, sur ce point Coop se dit incapable d’articuler un chiffre.

Migros nuance

Même son de cloche pour Migros, la firme n’est pas en mesure de fournir de données chiffrées. Contacté par nos soins, le géant orange a tout d'abord rappelé que, pour sa part, «la seule déclaration d’origine UE n’est utilisée qu’à titre exceptionnel, notamment lorsque les produits viennent de différents pays européens», sans se prononcer sur le fond de la question.
La réponse, tout en nuance, est tombée dans l'après-midi: Migros  distingue deux types de produits:
> les primaires, par exemple le riz, pour lesquels l’enseigne se dit soucieuse de maintenir un étiquetage indiquant le pays de provenance exact,
> ceux industriellement modifiés, telles les sucreries, qui méritent une plus grande souplesse.
Pour ces derniers, indique Martina Bosshard, «nous partons du principe que le consommateur s’intéresse moins à la provenance des ingrédients. C’est dans ce sens que Migros souhaite un assouplissement de la loi.» La porte-parole justifie cette position par des motifs économiques: «Nous sommes attentifs aux intérêts des consommateurs, mais nous devons également tenir compte de la concurrence», conclut-elle.

Le projet de loi est actuellement à l’étude dans les commissions ad hoc. Du point de vue des consommateurs, il serait très dommageable que les parlementaires suivent les argumentations de l’industrie alimentaire. L’indication géographique est un critère important lorsqu’il s’agit de choisir un produit.

Philippe Chevalier
Romain Rousseau