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Migros casse du sucre sur le dos de la betterave suisse

Le géant orange annonce une hausse du prix du sucre et du lait. Les arguments avancés font bondir les agriculteurs romands.

Mauvaise nouvelle pour les consommateurs: Migros vient d’augmenter au 1er février le prix de ses articles contenant du sucre ainsi que celui de certains produits laitiers. Le kilo de sucre cristallisé est ainsi passé de 1.15 fr. à 1.25 fr., le sirop de framboise de 4.20 fr. à 4.45 fr., le litre de lait Valflora de 1.10 fr. à 1.15 fr., etc. Même le Rivella rouge, à base de sérum de lait, a eu droit à sa hausse, passant de 2.25 fr. à 2.40 fr. pour une bouteille de 1,5 litre.

Ces augmentations fait bondir les paysans romands. L’Association des groupements et organisations romands de l’agriculture (Agora) vient de publier un communiqué dans lequel elle accuse carrément le géant orange de tromper les consommateurs. En cause, les arguments récemment avancés dans Migros Magazine (numéro 5 p 29) pour justifier ces hausses, à savoir d’une part que «le prix du sucre augmente du fait de mauvaises récoltes et d’une diminution des stocks» et d’autre part que «les produits vendus à Migros se composent avant tout de sucre suisse pour lequel le distributeur (…) doit payer davantage».

Walter Willener, directeur d’Agora, rétorque que le «prix de la betterave sucrière a été quasiment divisé par trois ces six dernières années» et que «du fait de la libéralisation des marchés, le sucre suisse est arrimé au marché international». Pour lui, il est donc faux de prétendre que le sucre suisse coûte plus cher.

Excellentes récoltes 2011

Quant aux «mauvaises récoltes», Walter Willener est tout aussi stupéfait: l’automne 2011 aurait vu en Suisse une récolte record de betteraves avec 1,85 million de tonnes, soit une hausse de 20% par rapport à la moyenne des cinq dernières années.

Nous avons contacté Migros, qui dit s’être basé sur la récolte mondiale 2010/2011. Le distributeur affirme que les prix suisses, calqués sur les européens, sont élevés, que la récolte ait été bonne ou non ou que les stocks soient ou non élevés. Il corrige ainsi quelque peu les propos tenus dans son magazine.

Walter Willener a une autre explication. Le géant orange aurait spéculé sur le sucre et aurait perdu. «Ils se sont clairement plantés en achetant des quantités faramineuses de sucres à des prix élevés aux mois de juillet et d’août, croyant que ces derniers allaient encore grimper, alors qu’ils ont baissé. Il fallait donc bien que le grand distributeur trouve des arguments et des boucs émissaires pour rattraper son opération spéculative ratée.»

Quant à la hausse du prix du lait, Agora déplore que le grand distributeur répercute sans attendre la hausse de deux centimes décidée par l’interprofession, «alors qu’il y a deux mois, lorsque le prix indicatif a baissé de quatre centimes, Migros n’a pas annoncé de baisse de prix consécutive sur ses produits laitiers».

Sébastien Sautebin