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Il n’y pas de chardonnay heureux

Pauvre chardonnay! C’est le cépage blanc le plus répandu dans le monde entier. Il donne des vins de masse, sans grande différenciations de provenance. Dure réalité.

Il y a peu de vins à «sauver» de notre première dégustation de 2012, à l’aveugle comme toujours. Le gagnant du jour vient d’Australie, troisième plus gros producteur de ce cépage, derrière les Etats-Unis (Californie) et la France (Bourgogne, mais aussi Champagne, pour les effervescents, et le Midi). Cette bouteille de 2009 était une des rares à offrir une certaine ampleur et de la structure.

«Onctueux et ferme, sec et caressant, enveloppé et profond, le chardonnay n’a aucun rival en blanc sec», chante Jean-François Bazin, dans «Le dictionnaire universel du vin de Bourgogne»*. Tandis que feu Denis Boubals (1926–2007), éminent chercheur, écrivait sur le site internet du Concours chardonnay du monde qu’il «figure parmi les cépages offerts par la France au reste du monde comme une partie de son patrimoine culturel et de son goût».

Banalisé par la mondialisation

Le «fils» du grand pinot noir de Bourgogne et du roturier, mais prolifique, gouais blanc s’est, hélas, universellement dévoyé. Et aucun des membres de notre jury ne s’est risqué à citer l’origine d’un seul vin. Le chardonnay d’aujourd’hui est cueilli tôt, d’où une impression de verdeur, de végétal, dans plusieurs cas. Ses parfums d’agrumes et son acidité mordante le rapprochent du sauvignon, avec une bonne dose d’acide tartrique ajouté sous les climats chauds. Car presque tous les vins paraissaient très travaillés et «technologiques».

Le prix n’est pas un indice, non plus. Tout au plus peut-on remarquer que le deuxième (premier de notre test similaire en 2008) et le troisième vins classés, l’un de la région du Cap (Afrique du Sud), l’autre de l’Altiplano de Mendoza (Argentine), sont d’un niveau correct. De 2011, ils ont une certaine fraîcheur, même si les vendanges de l’hémisphère sud ont six mois d’avance sur celles du nord. Reste à savoir si, à un prix compris entre 4.70 fr. et 6.25 fr., leur distributeur ne fait pas tout de même une «bonne affaire» (lire encadré).

La Bourgogne produit majoritairement du vin blanc et principalement du chardonnay, surtout dans les «climats» de Chablis, au nord. Et c’est bien un bourguignon qui se classe au deuxième rang ex aequo, mais un générique. Au quatuor de tête, on ajoutera un vin californien, de la famille bernoise Hess, juste devant une cuvée signée Mondavi (groupe Constellation).

Pas même «bons»

Aucun des six premiers vins ne passe la barre du «bon», selon les critères constants de notre jury. Ils se détachent néanmoins de l’autre moitié des échantillons. Six vins dans une fourchette de prix soutenus, entre 11.25 fr. et 14.90 fr., finissent en queue de dégustation, parmi lesquels deux chablis et deux australiens du sud (région d’Adélaïde), en plus d’un vin chilien et d’un italien. Le chilien, un 2011 «élevé et vieilli au domaine», affiche le plus haut taux d’alcool (14%), tandis que l’australien, avant-dernier, de Peter Lehmann, du groupe suisse Hess, se contente curieusement de 11,5%. Ce dernier précise qu’il est «unoaked», non boisé donc. Et c’est la seule bonne nouvelle de cette dégustation: les chardonnays boisés de bas de gamme sont passés de mode. Ou alors, l’usage systématique des copeaux permet de mieux doser l’arôme de chêne et de vanille…

Et les chardonnays suisses? Le valaisan d’Orsat, vendu par Aldi, noté 16/20 l’automne dernier (dans les archives sur www.toutcomptefait.ch), était en rupture de stock, au début de janvier. Un autre, acheté chez Lidl (2010, Caves de Saint- Léonard, à 7.99 fr.) souffrait d’une rédhibitoire «réduction», qui se traduisait par un goût entre la pomme blette et l’allumette frottée. Alléchant, non?

*2010, Presses du Belvédère (Pontarlier-Fleurier).


Pour télécharger le tableau comparatif, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.