
Savons antibactériens: au mieux inutiles
Savons, déodorants, liquides vaisselle, mouchoirs, lingettes pour bébés: de plus en plus de produits portent la mention «antibactérien». Or, ces produits inquiètent les scientifiques, relève notre confrère québécois «Protégez vous», dans son édition de janvier 2012 (sic). La polémique est particulièrement vive au Canada ou les associations de pédiatres et de microbiologistes lancent régulièrement des mises en garde.
Les bactéries n’ont, en effet, pas attendu Nietzsche pour savoir que tout ce qui ne les tue pas les rend plus fortes… Autrement dit, l’usage inconsidéré d’antibactériens favorise la résistance aux microbes et même aux antibiotiques, soupçonnent les scientifiques. En outre, ces produits finissent dans les rivières et les cours d’eau, au risque de contaminer toute la chaîne alimentaire.
Apparemment, les craintes à l’égard de ces produits sont un peu moins vives de ce côté-ci de l’Atlantique. Le Dr Jean-Pierre Grillet, ancien président de la Société suisse de dermato-venerologie, relativise la menace des antibactériens, par rapport au danger, «beaucoup plus sérieux», de la résistance aux antibiotiques. Cela dit, le dermatologue observe une nette augmentation des problèmes d’hyper sensibilité et d’allergies au Triclosan et à la Chlorhexidine, principes actifs communs aux antibactériens du marché.
Il n’y a donc aucune raison d’utiliser des produits antibactériens pour un usage courant, nous affirme le Dr Grillet. Du moins en dehors d’un contexte hospitalier ou pour quelques cas particuliers de personnes dont le système immunitaire est affaibli. Pour toutes les autres, le bon vieux savon de marseille – a condition de bien se rincer les mains et de les sécher avec un linge propre – reste le meilleur «remède».
Philippe Chevalier


