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Un seigneur en pleine mutation

L’amarone est un grand vin rouge qui se cherche encore. On en trouve à tous les prix dans les supermarchés.

Aujourd’hui au panthéon des grands vins d’Italie, le fleuron de la Valpolicella, une région de vallées escarpées au nord de Vérone, est pourtant récent. Il date de l’entre-deux-guerres et est dérivé d’une curiosité viticole, le recioto. Mais, si le recioto est un vin rouge doux passerillé, l’amarone est sa version sèche, où la douceur fait place à un peu d’amertume, d’où son nom.

Les deux vins les mieux notés de notre dégustation émanent de grands noms. Avec Bolla, absent de notre test, Masi est un des piliers de la Valpolicella. Comme Allegrini, qui apparaît au cinquième rang avec une bouteille de sa seconde gamme. L’honneur des fondateurs est sauf.

Un équilibre délicat

Plus on monte en concentration, plus l’équilibre devient périlleux. Les amarones les mieux classés offrent des arômes d’une grande complexité sur une structure puissante. Ces nectars doivent éviter les pièges du vin de paille (alcool, douceur), de l’extraction (tanins secs, astringence) et de l’élevage (goûts de vieux bois). Grand classique de Masi, le Costasera, tiré à 400000 bouteilles, s’impose. C’est aussi le plus ancien (2006), mais le vin, très ferme, ne trahit pas son âge. Les grands amarones peuvent évoluer positivement dans le temps, après leurs deux ans d’élevage obligatoires. Le vin de Zonin, autre grande maison, paraît plus moderne, plus frais, même si une ouverture quatre heures avant la dégustation ne suffit pas: il faudrait le passer en carafe. Denner place au 4e rang un vin qui ne figure pas dans son assortiment de base, mais est présent dans les rayons au moment des Fêtes, d’un bon rapport qualité-prix.

Des ripassos en embuscade

Parmi ces 10 amarones, nous avions glissé deux ripassos. Les deux vins sont intimement liés, puisque, pour des vignes cultivées en cordon ou en pergola, selon la nouvelle législation (lire encadré), il est possible de récolter environ deux tiers de raisins destinés à l’amarone et le reste au ripasso.

Les raisins de l’amarone subissent la délicate opération du passerillage: dans un local ventilé, sur des claies en bambou ou en plastique, les grappes sèchent durant plus ou moins 120 jours (les moyens de séchage artificiel sont interdits). De leur côté, les raisins réservés au ripasso sont vinifiés en rouge sec avant de «repasser», soit de refermenter, à la fin de l’hiver, sur les peaux non pressées de l’amarone.

requalification possible

Le ripasso a pris le rang de dénomination d’origine contrôlée (DOC). Son règlement permet même une «requalification» en amarone, à hauteur d’une quantité de 15%: c’est dire si les deux vins sont proches… Mis sur le marché rapidement, il garde des arômes plus juvéniles que l’amarone. Pourtant, dans notre dégustation, le Ripasso 2009 de la maison Zeni est paru, à notre jury, qualitativement supérieur à son amarone Vigne Alte 2008. Pour ajouter à la confusion, il est vendu sous une étiquette noire, ce qui est souvent le cas des amarones (mais celui de Zeni en a logiquement une blanche).

On notera, à la traîne, un vin de piètre qualité, vendu par Aldi. Au rayon des supermarchés, tout ce qui brille n’est pas or.


Pour télécharger le tableau comparatif, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.