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Des vins du sud (trop) riches

Les vins du Languedoc-Roussillon sont très nombreux. Comment y voir clair? Pas facile, surtout dans les millésimes 2008 et 2009.

Pour cette dégustation de 12 vins rouges du Languedoc-Roussillon, nous avons privilégié les deux derniers millésimes arrivés sur le marché, les 2008 et 2009. Deux années précoces — en crescendo — et délicates à vinifier. En 2009, la grande chaleur estivale et le stress hydrique, qui bloque la maturité complète des raisins, ont pénalisé des vins naturellement riches. La plupart affichent 14% d’alcool, voire les dépassent, comme le vainqueur, une des cuvées du Château L’Hospitalet (14,5%).

Pour ce dernier vin, le jury de TCF salue l’excellent travail de vinification avec, à la clé, un cru qui mériterait d’être carafé ou, mieux, gardé quelques années, mais se révèle déjà charmeur. Voilà qui devrait mettre du baume sur les plaies du propriétaire, Gérard Bertrand, qui n’avait guère apprécié de voir son vin, millésime 2006, en queue de notre dégustation, il y a deux ans. Pourtant, les conditions du test n’ont pas changé: notre jury déguste à l’aveugle 12 vins, sélectionnés dans les rayons des supermarchés (et disponibles par internet).

Des vins chauds… bons pour l’hiver

Le Languedoc-Roussillon recouvre, du delta du Rhône aux Pyrénées, un patchwork multicolore, aux vins souvent d’un bon rapport qualité-prix. Chaleureux, ils accompagnent pourtant des plats… hivernaux, gibier compris, de même que la cuisine asiatique épicée.

En 2009, les cépages traditionnels méditerranéens ont mieux résisté à la canicule que les cépages internationaux. Le premier classé assemble syrah, mourvèdre et grenache et le deuxième, carignan, grenache et syrah. En troisième position, le premier 2008, le Clos des Nines, a divisé le jury, à l’instar d’un autre 2008, une cuvée du Château Lancyré, soit deux vins de domaine, plus personnels et plus chers aussi, que les autres vins dégustés. Au quatrième rang apparaît le flacon le meilleur marché de la dégustation, assemblage de grenache, de syrah et de mourvèdre (le fameux GSM qui fait florès en Australie, dans la Barossa Valley), de la même cave que le vin classé au sixième rang, avec un écart de prix de 15.95 fr.! Quant à la cuvée H de L’Hospitalet 2009, à base de syrah, de cabernet et de merlot, classée cinquième, elle a été moins bien jugée que l’autre cuvée du même producteur, largement en tête.

L’arrivée des AOP et des IGP

Difficile, au surplus, de se fier aux mentions des étiquettes. Non seulement l’Union européenne est passée au régime des AOP (appellations d’origine protégée), qui remplacent les AOC (appellations d’origine contrôlée), et aux IGP (indication géographique protégée), qui prennent le relais des «vins de pays», mais le Languedoc-Roussillon réaménage ses propres appellations (lire encadré). Jusqu’à la fin de 2012, les étiquettes ne seront donc pas «lisibles» pour le commun des consommateurs, puisque les anciennes et les nouvelles appellations cohabitent dans les rayons, autant pour les définitions européennes que régionales. Un curieux pataquès!

Pierre Thomas


Pour télécharger le tableau comparatif, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.