
Alertes emploi par mail: les bons et les mauvais sites
Plusieurs sites d’offres d’emploi proposent des alertes par e-mail. Les métamoteurs surclassent nettement les portails classiques. Explications.
Pendant deux semaines, les enquêteurs de Bon à Savoir et d’On en Parle (RSR-La Première) se sont mis dans la peau d’une infirmière à la recherche d’un travail dans le canton de Vaud. Objectif: tester l’efficacité des alertes e-mail envoyées par certains sites d’offres d’emploi. Nous avons retenu dix sites en français et .ch proposant des alertes aux abonnés inscrits gratuitement. Nous avons exclu de notre panel les adresses qui n’envoient pas d’alertes, les agences de placement et les sites payants ou spécialisés, réservées à un domaine professionnel précis.
Nous avons analysé les courriels reçus chaque jour. Les résultats sont vraiment tranchés. Jugez-en plutôt: en quatorze jours, quatre adresses – edicom.ch, jobscout24.ch, offres-emploi.ch et pilote.ch – ne nous ont adressé tout simplement aucune alerte mail. Quatre autres – monster.ch, jobup.ch, jobtic.ch, jobs.ch – ont envoyé chacune entre une et cinq offres différentes et pertinentes (lire encadré «Les critères du test»). Finalement, optioncarriere.ch et indeed.ch nous ont fait parvenir respectivement 27 et 36 alertes différentes et pertinentes. Ces deux sites se distinguent donc très nettement des huit autres.
Agrégateurs meilleurs
Cette différence s’explique par l’infrastructure même des sites retenus. Huit d’entre eux sont ce qu’on peut appeler des portails d’emploi classiques, c’est-à-dire qu’ils ne proposent généralement que des annonces de postes envoyées par des employeurs clients. En revanche, indeed.ch et optioncarriere.ch sont ce qu’on appelle des moteurs de recherche (ou agrégateurs). Ils parcourent internet et indexent les offres d’emploi figurant sur différents sites et les envoient ensuite, sous forme de liens, dans leurs alertes mails. En quatorze jours, optioncarriere.ch est allé puiser les offres qu’il nous a transmises sur huit sites différents, avec une très nette prédilection pour le site de l’agence de placement Manpower. Indeed.ch a fait son marché sur 14 sites.
Les métamoteurs sont donc des vampires de la toile qui s’abreuvent des infos des autres, «sans générer eux-mêmes d’annonces, contrairement aux portails classiques», critique Magda Sajewicz, de monster.ch. La remarque est pertinente. Il n’en demeure pas moins, au vu des résultats, qu’un demandeur d’emploi a intérêt à privilégier les moteurs de recherche en ce qui concerne les alertes mails. Jasmine Müller-Peral, coordinatrice des ORP vaudois, nuance toutefois ce constat. «Dans la pratique, les métamoteurs peuvent être très utiles pour capter quotidiennement des offres, mais ils requièrent, en contrepartie, un effort de tri et de temps plus important pour le chercheur d’emploi. Il faut alors éviter de se perdre dans la jungle des annonces internet.»
Indeed l’emporte
Un risque que confirme notre enquête avec les résultats obtenus pour optioncarriere.ch. Cet agrégateur a envoyé pas moins de 126 offres en quatorze jours, soit, en moyenne, presque 10 par jour. Sur ce nombre, 95 correspondaient à nos attentes (infirmière, Vaud), les autres étaient des doublons dans le même mail ou concernaient des professions différentes. De plus, certaines annonces ont été envoyées plusieurs fois en cours de semaine, et cela à de nombreuses reprises, ce qui engendre un effort de tri important. Au final, optioncarriere.ch n’a proposé que 27 annonces pertinentes différentes sur un total de 126 liens envoyés, soit un taux de 21,4%.
Pour indeed.ch, le pourcentage de déchet est beaucoup moins important. Sur un total de 52 offres, 36 étaient différentes et pertinentes, soit un taux de 69,2%. Ce moteur est donc le plus efficace de notre test, à la fois en ce qui concerne le taux de déchets et le nombre d’annonces pertinentes.
Les réactions
Interrogés sur leurs résultats, plusieurs sites nous reprochent d’avoir comparé deux structures différentes que sont les moteurs de recherche et les portails d’emploi. Ce n’est pas faux, mais aux yeux d’un demandeur d’emploi, peu importe sans doute la façon dont les informations sont collectées, seul le résultat compte.
Frédéric Giani, de jobup.ch, regrette que l’enquête se soit basée sur la recherche d’un seul poste. Il souligne que son entreprise vérifie toutes les offres, afin de s’assurer qu’elles correspondent à des annonces sérieuses et actuelles, ce que ne font pas les moteurs de recherche.
Bianca Strasser, de jobs.ch, affirme que la recherche a porté «sur un domaine qui est encore très orienté vers la publication d’annonces dans des supports imprimés et que la période choisie est peu dynamique». Jean L’Eplattenier, d’offres-emploi.ch, estime, quant à lui tout simplement, qu’il est «logique» que son site n’ait pas envoyé d’e-mail pour le poste d’infirmière, pour la simple raison que la rubrique infirmière/paramédical ne contenait aucune offre durant la période de notre enquête.
Sébastien Sautebin


