
Des blancs «tutti frutti»
Il n’y a pas que du chasselas et des spécialités valaisannes dans les supermarchés. Comme le prouve cette dégustation de cépages internationaux «swiss made».
On ne sait guère que le chardonnay pointe au 7e rang des cépages les plus cultivés en Suisse (333 ha). En blanc, seuls le chasselas et le müller-thurgau (ex-riesling X sylvaner) le devancent. Suit le pinot gris (9e, 222 ha), juste derrière le sylvaner. Puis le sauvignon (11e, 140 ha), devancé de peu par la petite arvine, strictement valaisanne.
Parmi les plus appréciés du monde, le chardonnay s’impose dans notre test. Ce vin, fourni par la Cave valaisanne Orsat à Aldi, dans l’excellent millésime 2010, s’impose haut la main. A noter que la plupart des vins ont été jugés dignes d’accompagner des plats, selon nos sommeliers et amateurs de bonne chère, qui s’évertuent à conseiller un accord mets et vins. Le chasselas, lui, convient à l’apéritif…
Derrière le chardonnay, deux vins ex æquo. L’un, le pinot gris de la Cave de la Béroche, est issu de raisins certifiés bio (label Le Bourgeon), tout comme l’autre vin le mieux placé de Coop, la Cuvée Noble de Reynald Parmelin, à Begnins. Le pinot gris neuchâtelois, proposé dans toute la Suisse via le site internet de Coop (lire encadré), témoigne d’une vinification très moderne, où l’équilibre entre l’acidité et la sucrosité est certes tendu, mais bien balancé.
Typé aussi, l’assemblage valaisan Hurlevent. Là, ce sont moins les cépages que l’élevage qui compte: ce blanc, le plus cher du lot, ravira les amateurs de vins au goût vanillé et flatteur de fût de chêne. Dans son genre, cet assemblage montre aussi de l’équilibre, basé sur la puissance: un vrai vin dit de gastronomie! Plus loin – vin de table de la Suisse orientale, comme son nom ne le laisse pas entendre – la Cuvée Napoléon mêle du müller-thurgau et les trois pinots, le gris, le blanc et même le noir, vinifié en blanc.
Cinq assemblages figurent en tir groupé entre le 2e et le 7e rang. La Cuvée Noble, créée pour Coop par le Vaudois Reynald Parmelin, double champion suisse des vins bio (2009 et 2010) avec un johanniter, assemble chardonnay, pinot blanc et pinot gris. Un vin plus puissant que la cuvée valaisanne de Provins Valais. Cette dernière ne révèle sa formule non pas sur une contre-étiquette, mais sur un site internet (www.grands-dignitaires.ch). On y retrouve les pinots gris et blanc, avec de la marsanne et du sauvignon blanc… alors que le jury avait décelé des arômes de muscat ou de traminer.
Des curiosités «blancs de noirs»
Cinquième assemblage, un vin de La Côte vaudoise, proposé en action par Denner «jusqu’à épuissement du stock», assemblage de chasselas, de chardonnay et de doral (croisement de chasselas et de chardonnay), certes, mais aussi de gamay, de garanoir et de gamaret, trois cépages rouges vinifiés en blanc. Quasiment un mouton à cinq pattes! Comme le sont les «merlots blancs» du Tessin, issus de raisins du début de la vendange, vinifiés en blanc, dont le produit doit être généralement décoloré au charbon actif. Pas étonnant que le jury n’ait guère trouvé de personnalité dans ce seul exemple présent.
En queue de classement, une malvoisie (pinot gris) valaisanne n’ose pencher franchement vers la douceur d’un vin demi-sec… Deux chardonnays – un valaisan et un tessinois – sont sans intérêt: peut-être que fraîchement mis sur le marché, ces 2009 avaient néanmoins quelques qualités. Remarque qui vaut aussi pour l’assemblage 2008 l’AS de Cœur de La Côte vaudoise, toujours disponible cet été dans les magasins et sur le site internet de Coop, qui, lui, est paru franchement fatigué. En blancs secs, destinés à une consommation rapide, comme le sont la majorité des vins de supermarché, il faut se méfier des flacons qui n’affichent pas l’année la plus récente.


