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L’économie est en panne

à défaut de l’être sur les plages, l’été a été chaud dans les Bourses. Que s’est-il passé et quelles implications pour la Suisse?

L’économie est en panne, ou presque. C’est d’abord une affaire d’Etats. La Grèce, l’Irlande et le Portugal doivent faire face à une dette monstrueuse et ont déjà appelé l’Union européenne au secours, mais personne n’exclut que l’Espagne ou l’Italie, voire même la France, ne doivent faire de même d’ici peu. En plus, les Etats-Unis ont frôlé le défaut de paiement au début du mois. Du coup, les Bourses, déjà très bousculées durant juillet, ont dévissé, frisant le krach. En réaction, le franc suisse s’est renforcé.

Vous n’y comprenez rien? Leçon de rattrapage et guide de survie avec glossaire intégré (les mots en gras renvoient à l’encadré).

D’où viennent toutes ces dettes que les Etats ne peuvent plus assumer?

Il faut distinguer les dettes privées des dettes souveraines. Lors de la dernière grosse crise économique, en 2008, les banques n’arrivaient plus à faire face aux conséquences des fameuses subprimes. Il s’agissait alors de dettes privées, que les Etats ont largement contribué à assainir, en Suisse aussi.

Ironie de l’histoire, aujourd’hui, ce sont les Etats qui croulent sous leur dette souveraine. Au point qu’ils trouvent difficilement de nouveaux prêts, en plus à des taux usuriers, lesquels vont évidemment encore aggraver la situation, mais restent indispensables pour que le pays puisse continuer à tourner!

Ces deux types de dettes sont étroitement imbriqués. Ainsi, lorsque, le 10 août dernier, les actions des banques françaises ont plongé, c’était, outre diverses rumeurs, parce qu’elles possèdent de nombreuses obligations grecques, espagnoles et italiennes, qui n’ont plus la cote dans le marché secondaire.

Pourquoi ces surendettements ont-ils provoqué une crise en pleines vacances estivales?

En fait, pas encore remise de ses déboires de 2008, la Bourse n’a cessé de jouer au yoyo, au même rythme que les annonces de déficit et des plans de sauvetage pour tenter de les combler.

Ce qui n’a rien arrangé, c’est le spectacle pitoyable donné par le Congrès américain, chargé de fixer le montant maximal de la dette souveraine US. Les deux partis du pays ne sont pas d’accord sur la façon de l’atténuer: les démocrates, Obama en tête, veulent augmenter les impôts des plus fortunés, tandis que les républicains veulent réduire les dépenses sociales. Un compromis n’a été trouvé qu’à la dernière minute (le 1er août), évitant de justesse un défaut de paiement.

Du coup, l’agence de notation Standard & Poor’s a rétrogradé la plus grande puissance économique mondiale. Un véritable tsunami pour les Bourses du monde entier, qui ont méchamment dévissé, frisant le krach.

Mais que faut-il faire pour enrayer cette spirale de l’endettement?

C’est la question à ne pas poser! A priori, la réponse est simple: comme la croissance est insuffisante pour subvenir aux besoins de l’Etat, il faut soit trouver de l’argent (par exemple en augmentant les impôts ou en procédant à des privatisations), soit dépenser moins (en adoptant des mesures d’austérité). Dans l’idéal, cumuler les deux. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire, comme on l’a vu aux Etats-Unis (lire ci-dessus)…

Arrive toutefois le moment où il n’y a plus le choix, comme en Grèce, où le gouvernement s’est engagé à prendre des mesures draconiennes pour bénéficier de l’indispensable soutien financier de l’Union européenne. Avec toutefois le risque d’un cercle vicieux: l’austérité casse la croissance, ce qui diminue non seulement la richesse nationale, mais augmente aussi le poids de la dette, puisqu’elle est calculée proportionnellement au PIB

En quoi ces événements renforcent-ils la position du franc suisse?

La crise touche l’Europe et les USA, donc les deux principales monnaies de référence mondiale. Dès lors, le franc suisse est fatalement (re)devenu une valeur refuge. Pour la plus grande joie des Helvètes en vacances, mais pour le plus grand malheur du tourisme et des entreprises exportatrices suisses (tout devient trop cher pour l’étranger), avec un risque de récession à la clé.

Voilà pourquoi, récemment, la BNS (Banque nationale suisse) a ramené son taux directeur à presque zéro et mis 170 milliards de francs supplémentaires à disposition des banques, avec l’espoir que ces dernières en profitent non seulement pour acheter des euros et des dollars (ce qui provoquera une baisse du taux de change) mais aussi pour soutenir l’activité économique en prêtant de l’argent aux entreprises du pays à un taux extrêmement bas.

Comment les petits investisseurs doivent-ils réagir?

Aïe! Même Paul Volcke, l’ancien président de la Banque centrale des Etats-Unis, a déclaré, au début d’août, n’avoir plus aucun conseil à leur donner, en précisant: «Je ne sais même pas ce que je me conseille à moi-même!»

S’il s’agit de fonds de placement à long terme, dont le petit investisseur n’a pas besoin avant longtemps, les experts semblent toutefois unanimes: comme les roseaux dans l’orage, il faut plier et attendre. Certes, on ne peut plus, comme il y a peu encore, prétendre que le rendement d’un placement boursier sur dix ans n’a jamais été négatif, mais il y a quand même de fortes chances que, avec le temps, de meilleures opportunités voient le jour.

Si, en revanche, ce petit investisseur a des placements dont il a besoin dans un proche horizon, certains experts (mais de loin pas tous!) ont tendance à conseiller de les retirer des marchés boursiers à la prochaine éclaircie, afin de limiter les dégâts, et de placer ce qu’il en reste dans des véhicules financiers plus sécuritaires – bons de caisse par exemple.