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SP98: promesses volatilisées

Consommation réduite ou performances sublimées, l’essence sans plomb 98 (SP98) promet des miracles. C’est du moins ce que laissent penser les arguments des compagnies pétrolières qui ne tarissent pas d’éloges sur ce carburant vendu à prix d’or à la pompe. Mais, à y voir de plus près, on constate que remplir son réservoir de SP98 revient très souvent à donner de la confiture aux cochons.

Pas rentable

Le surcoût du SP98 par rapport au sans plomb 95 (SP95) varie d’une station à l’autre pour osciller entre 2,5% et 5%. Comme leur chiffre l’indique, c’est l’indice d’octane qui diffère. En bref, le SP98 contient un mélange de 98% d’isooctane pour 2% d’heptane, ce qui le rend moins inflammable que son cousin. «Il déploie son énergie de manière plus lente et mieux contrôlée dans le moteur», résume Olivier Cochet, président de l’Association suisse des enseignants de la technique automobile (Aseta).

Ainsi composé, le SP98 devrait théoriquement améliorer le rendement mécanique et, par conséquent, diminuer la consommation. Or, les effets formels n’ont jamais été chiffrés ou normalisés de façon fiable, concède le spécialiste. «Il est certain qu’il n’y a pas de gain financier à attendre, car la baisse de consommation ne suffit pas à compenser son prix de vente plus élevé.»

En termes de performances, le SP98 n’est guère plus attractif. Il n’a, dans tous les cas, rien d’une potion magique qui transcendera un véhicule poussif en bête de course. Il optimisera néanmoins le déploiement de la pleine puissance, en cas de sollicitation intensive de la pédale des gaz. Mais, pour une utilisation standard, le gain reste marginal, voire imperceptible.

De rares modèles l’exigent

Si la grande majorité des moteurs à essence accepte indifféremment les deux carburants, quelques modèles se plaisent à faire la fine bouche. Dans ce cercle restreint vrombissent des voitures à hautes performances spécialement réglées pour tourner au SP98. «Ce sont généralement des moteurs très poussés qui ont un taux de compression élevé. Dans ce cas, le SP95 peut endommager la mécanique en causant une détonation dans les cylindres qu’on appelle «cliquetis», précise Olivier Cochet. D’où l’importance de se fier aux recommandations des constructeurs.

Avec la disparition de l’essence plombée – communément nommée «Super» –, les anciens véhicules dépourvus de catalyseur ont eux aussi droit à un régime particulier. Or, les additifs se substituant au plomb ne sont pas aussi indispensables que l’industrie pétrolière aime à le laisser croire. Dino Graf, président de l’association suisse des véhicules d’époque, maintenant Swiss Oldtimers, remarque qu’il suffit bien souvent de mettre du SP95 ou SP98 en fonction de l’indice d’octane préconisé à l’époque par le constructeur pour la Super. Afin d’éviter de rudoyer les sièges de soupapes inutilement, il est néanmoins préférable de se fier aux recommandations d’usine en passant par son garagiste ou directe-ment par l’importateur de la marque.

Yves-Noël Grin