
10 placements durables: dans la jungle de l’investissement durable
Faire fructifier son argent de manière responsable n’est pas de tout repos pour les petits investisseurs lambda.
L’explosion, en 2010, de la plateforme Deepwater Horizon de BP dans le golfe du Mexique et, plus récemment, la catastrophe nucléaire survenue au Japon ont relancé la demande pour les fonds d’investissement socialement responsable (ISR). Un marché certes encore modeste (150 fonds en Suisse représentant 3,8% du total des actifs), mais qui ne cesse de gagner en importance. Ainsi, en 2009, la totalité des ISR représentait 23 milliards d’euros en Suisse (34,25 milliards de francs)*, soit une hausse de 63,4% par rapport à l’année précédente, selon le dernier rapport d’Eurosif (Forum européen de l’investissement socialement responsable).
Mais ces fonds sont-ils aussi crédibles qu’ils le prétendent? La simple mention «durable» ou «responsable» permet-elle d’investir les yeux fermés? Qui détermine qu’un fonds est socialement responsable ou non, et sur quels critères? Nous avons mené l’enquête avec l’émission On en parle (RSR La Première).
Concept à géométrie variable
Devenir un investisseur durable n’est pas de tout repos! «Il n’existe en effet ni label ni définition établie de ce que le terme «ISR» recouvre en réalité, explique Marco Mansfeld, chef du secteur Sustainability Research auprès de Care Group, société spécialisée dans l’analyse et la notation de fonds durables. En clair, chaque gérant est libre de choisir quel secteur d’activité ou quelle entreprise est durable ou non.»
Sans compter que les systèmes de sélection des valeurs varient d’un produit à l’autre.
- Les fonds thématiques pratiquent une approche positive: ils se concentrent sur une thématique spécifique (énergies renouvelables, changement climatique, eau, économie solidaire…) et n’incluent que des titres liés à ces secteurs.
- Les fonds éthiques excluent certains domaines comme l’armement, le tabac, l’alcool, le jeu, le nucléaire ou encore les OGM.
- Les fonds «best in class» (32% des parts de marché ISR en Suisse) ne pratiquent pas d’exclusion sectorielle, mais prennent en compte des facteurs extrafinanciers, tels que l’environnement, l’impact social et la gouvernance d’entreprise (facteurs ESG), en plus, bien sûr, des critères financiers.
Dans ce dernier cas, les gérants sélectionnent les entreprises qui ont les meilleures pratiques dans le secteur. Certains établissements disposent de leur propre comité d’experts chargés d’évaluer la conformité des sociétés avec la politique du fonds. D’autres ont recours, avant d’arrêter leur choix, aux notations d’agences spécialisées dans le rating social et environnemental, comme inrate et Asset4 en Suisse ou encore Vigeo en France.
Malgré tout cela, on retrouve très souvent des titres de sociétés controversées, comme BP, Syngenta, Novartis ou encore Schlumberger, leader mondial de services pétroliers! Des titres qui apparaissent également dans la plupart des véhicules de placement traditionnels.
Même avec la meilleure volonté du monde, le petit investisseur lambda aura donc bien du mal à juger de la qualité d’un fonds. Et ce n’est pas le factsheet, difficilement compréhensible pour les non-initiés et souvent très vague sur la stratégie adoptée, qui éclairera sa lanterne.
Pour tenter d’y voir plus clair, nous avons donc demandé à Sarasin, Pictet, SAM, Raiffeisen, Credit Suisse et aux banques cantonales quels fonds ISR elles proposeraient à un client correspondant à un profil de risque faible à modéré et désirant placer 30 000 fr. A noter que UBS a refusé de participer à
notre enquête. Puis, nous avons soumis leur sélection à Natacha Guerdat, gestionnaire et sélectionneuse de fonds chez Conser Invest à Genève, un cabinet de conseil indépendant spécialisé dans l’investissement durable. Nous lui avons demandé de commenter et d’évaluer chaque fonds selon la qualité, la cohérence et la transparence du processus d’investissement.
Qualité au rendez-vous
Bonne nouvelle: la qualité des fonds ISR proposés au grand public est de haut, voire de très haut niveau, comme le montrent les commentaires et les notes de notre tableau.
Seuls le Pictet Environnemental Megatrend Selection et le SAM Sustainable Global Active Fund obtiennent la moyenne seulement: sans être mauvais, ils ne sont pas assez rigoureux dans la sélection des sociétés qui les composent. Confrontés à ce résultat, les deux établissements affirment analyser la durabilité des entreprises de manière draconienne.
Il est vrai que chaque société de conseil possède sa grille d’évaluation et pondère les critères selon une logique qui lui est propre. Les notes peuvent donc varier d’un établissement à l’autre. De même, investir dans des fonds ISR est le fruit d’un compromis philosophique, pour ne pas dire idéologique. A chacun donc de déterminer quel est le fond qui cadre le mieux avec ses propres valeurs.
Et la rentabilité?
Et la rentabilité dans tout cela? Selon Natacha Guerdat, «la performance des fonds ISR est en tout cas aussi bonne que celle des fonds traditionnels. De plus, comme pour ces derniers, il y a de bons et de mauvais gérants et des marchés plus volatils que d’autres.» C’est notamment le cas pour les fonds thématiques.
En clair, fonds ISR ou pas, on n’est jamais à l’abri d’une grosse turbulence boursière! Pour limiter la casse au maximum, l’horizon de placement sera donc fixé entre trois et cinq ans au minimum.
Enfin, avant d’arrêter son choix, on sera également attentif aux frais de gestion: trop élevés, ils risquent de grever fortement le rendement.
Bonus Web: Dans la jungle de l’investissement durable
*Cours du change au 31 décembre 2010.
Pour télécharger le tableau comparatif, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.
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