
Le grand écart cisalpin
Leader des vins importés en Suisse, l’Italie est présente du bas au haut de la gamme. Mais les vins bon marché sont de piètre qualité.
Qui n’a jamais bu un verre de montepulciano avec une pizza? Voilà un accord mets et vin courant et réputé bon marché. Question qualité, c’est une autre histoire… Même reconnus depuis 1968 «dénomination d’origine contrôlée» (D.O.C.) Montelpulciano d’Abruzzo, ces vins rouges sont à aller chercher dans le bas des gondoles des supermarchés. Manifestement, à ce niveau, on «vend du prix». Jamais, jusqu’ici, Tout Compte Fait ne s’était «abaissé» à goûter des vins dont trois figurent sous la barre des 3 fr.
3 fr.! A quel prix peut être payé le kilo de raisin, le plus répandu du centre de l’Italie, et de quelle qualité? La question se pose, légitimement. Du coup, ce ne sont pas ces montepulcianos, souvent cultivés à grand rendement, qui se sont imposés dans notre test, mais bien deux vins monocépages «pirates» (lire encadré).
Un vestige du «vin aliment»
On cherchera en vain la finesse dans des vins de bas de gamme: tanins rugueux, boisé discutable, manque de fraîcheur. Les défauts récurrents relevés sur des vins rouges sont au rendez-vous. Il a même fallu ouvrir la deuxième bouteille de plus de la moitié des échantillons! Et là, surprise, ces breuvages, pourtant solides, ne gagnaient rien à être aérés une ou deux heures… Bref, on est dans de la consommation basique, qui rappelle que, dans le «régime méditerranéen», le vin rouge fut longtemps un aliment, apportant davantage de calories que de plaisir.
Tirés du tableau ci-contre, quelques constats, verre en main. Hors «pirates», le montepulciano le mieux classé est aussi le plus cher de la dégustation (19.95 fr.), juste devant le meilleur marché (2.95 fr.). On peut souligner l’effort de Manor de proposer trois vins au prix fort (de 12.95 à 17.95 fr.): le Montepulciano d’Abruzzo D.O.C. s’efforce, en effet, de sortir de l’anonymat de la production de masse et quelques producteurs essaient de le tirer vers le haut. Hélas, cet effort n’est pas toujours couronné de succès et, en plus d’une extraction qui renforce les tanins et l’alcool, l’élevage en fût paraît parfois caricatural (la version Zero du Collefrisio a ainsi été préférée à la version Uno).
Du vin ordinaire mais D.O.C.
Un vin ordinaire devrait offrir un minimum de fraîcheur de fruit. Or, le Cardellino 2009, classé deuxième des montepulcianos, est le seul à répondre à ce critère basique. Sur les rayons de Denner, il côtoie un vin de la D.O.C. Molise, une région voisine des Abruzzes, qui n’affiche nulle part le cépage: une recherche sur internet montre toutefois que ce vin est bel et bien tiré de montepulciano. Les vins de la D.O.C. Montepulciano d’Abruzzo, l’arrière-pays de collines sur la côte Adriatique, dans la région de Pescara, tolère d’ailleurs 15% d’autres cépages, conformément au droit européen. On ajoutera que la D.O.C. n’est pas, non plus, un gage de qualité, dans un pays qui en compte un peu plus de 500, dont 330 D.O.C. et 56 D.O.C.G., le haut du panier.
Enfin, ni une version mise en bouteilles en Suisse (Lidl), ni une version bio (label suisse Le Bourgeon, commercialisée par Coop) n’offrent plus de satisfaction. Force est de constater que le montepulciano de supermarché ne dépasse pas sa réputation de vin bon marché. Mais pas bon. Et c’est fort dommage pour le consommateur!


