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Petite arvine, gros rendement

La petite arvine, cépage valaisan emblématique, et le païen/heida n’ont pas trop souffert des gros rendements de 2009.

Longtemps introuvables dans les supermarchés, les «spécialités» blanches valaisannes, (tous les vins, hormis le fendant et le johannisberg), sont bien présentes, désormais. Deux raisons à cela: d’une part, en 2009, les vignes valaisannes ont beaucoup produit (lire encadré), d’autre part, la reconversion du vignoble «chasselas et fendant» vers d’autres cépages entre pleinement en force.

Malgré tout, le jury de Tout Compte Fait n’a pas remarqué de défauts majeurs dans les neuf petites arvines et trois heidas dégustés. Ni la jeunesse des ceps ni leur charge importante n’ont pesé sur la typicité de ces vins, tous de 2009. Les six premiers classés (voir tableau) expriment plutôt bien les caractères attribués aux deux cépages.

Notes d’agrumes

Véritables joyaux du Valais, la petite arvine et le païen sont présents dans le vignoble depuis cinq siècles au moins. La première (qui représente un tiers des «spécialités» blanches de ce canton) est identifiée comme valaisanne à part entière. Le second (15% de ces mêmes «spécialités»), appelé heida dans le Haut-Valais, est issu du savagnin blanc, présent dans le Jura français, et aussi connu sous le nom de «traminer».

Semi-aromatique, la petite arvine exprime des notes caractéristiques d’agrumes, du citron au grapefruit, en passant par le citron vert et le grapefruit rose. En principe, ces arômes explosent au nez déjà et se retrouvent en bouche. Une petite arvine typée doit aussi se prolonger par une note saline en fin de bouche: les deux vins, classés premier et troisième, correspondent à cette définition. Et, si le jury de Tout Compte Fait a dégusté d’abord les neuf petites arvines, puis les trois païens (tous étiquetés «Heida»), la trame aromatique de ces deux vins se rapproche, dans le registre des agrumes et des fruits exotiques, voire des herbes sèches pour le païen. Deux heidas se hissent du reste dans le quatuor de tête.

Beaucoup de sucre

Dans une année aussi riche que 2009, ces vins sont solidement constitués: entre 13 et 14% d’alcool naturel, puisque les sondages moyens avoisinaient les 100 degrés Oechslé de richesse en sucre. La salinité proverbiale de la petite arvine cède alors parfois le pas à la sucrosité. Ou, alors, l’alcool brûle les papilles, tandis qu’un soupçon d’acidification (comme le gaz carbonique) déséquilibre le vin: cela passe encore à l’apéritif, mais difficilement sur des vins d’une structure suffisante pour bien se tenir à table.

Par ailleurs, le tableau donne l’impression que trois caves se partagent les sept premières places. Trompeuse illusion! Pour des raisons marketing, la coopérative Provins-Valais (20% de la production du canton) n’est pas présente chez les hard discounters suisses (Lidl et Denner dans le cas de cette dégustation). Pourtant, la Cave St-Léonard SA à Sierre est une de ses filiales. Or, Lidl, qui place pour la première fois ses vins en tête d’une dégustation de Tout Compte Fait, propose deux de ses bouteilles.

Des vins originaux

Petite arvine et heida/païen sont sans conteste des vins blancs originaux, que nos sommeliers ont su accorder avec des plats parfois surprenants (volaille, veau, cuisine asiatique). Le consommateur n’en trouvera guère ailleurs qu’en Valais, même si le nom d’un cépage ne saurait se borner à son origine. Pas plus que la locution «du Valais» sur l’étiquette n’accentue la qualité du contenu: les trois flacons qui le claironnent haut et fort ont fini en queue de dégustation!

Reste à savoir si les quantités plus faibles de 2010 permettront à ces deux vins de figurer en si bonne place dans les supermarchés. Réponse dans les mois à venir.

Pierre Thomas



Pour télécharger le tableau comparatif, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.