
Respect à la hiérarchie
Valeurs sûres en supermarché, les côtes-du-rhône peuvent charmer. La preuve avec cette dégustation portant sur deux millésimes récents, 2009 et 2008.
Pour ce premier test de l’année, les notes sont hautes. Les deux premiers gigondas sont très bien notés. Suivent six vins honorablement placés. Mais quatre autres traînent la patte en fin de classement. Au dernier rang figure même le vin vendu le plus cher (plus de 16 fr.) et de l’appellation phare Gigondas. Une bonne illustration du principe selon lequel il ne faut pas se fier à l’étiquette! Le «cru» Vacqueyras (lire encadré) est certes moins cher, mais à peine mieux noté, comme le «Villages» Séguret. Ces trois vins sont sous la même bannière d’un négociant, d’une association partie du Beaujolais et connue sous le nom de «Signé Vigneron». Avant-dernier, mais aussi le moins cher du test, le Prestige des Celliers des Dauphins, une grosse cave coopérative. Rien d’étonnant: 65% des côtes-du-rhône sont produits par une septantaine de coopératives.
Habitués au grand écart
Comme dans leurs AOC toujours plus compliquées à mémoriser, les côtes-du-rhône pratiquent le grand écart dans les rayons. De fait, certains supermarchés, à l’instar de Denner, les considèrent comme des vins d’entrée de gamme, avec une exception pour les châteauneufs-du-pape, un cru historique qui reste à part, à tous points de vue: terroir, cépages, élevage et réputation. D’autres, comme Coop, ont fait des côtes-du-rhône leur cheval de bataille. Une de leurs étiquettes les plus connues, heureusement «relookée», le gigondas du Domaine Saint-André, manque de peu de s’imposer, laissant la première place à un autre vin du même cru, d’une marque de négociant, chez Manor.
Proposés par Coop, deux génériques se placent honorablement au troisième et au sixième rangs. La ligne Belleruche, produite par Michel Chapoutier en blanc, rosé et rouge, puise dans tout le bassin géographique des Côtes-du-Rhône. Alors que le vin sous l’étiquette de fantaisie Terra Amata vient d’un grand domaine de Sabran, cultivé en biodynamie, selon les critères «bio bourgeon» défendus par Coop Suisse, au Château de Bastet (plus de 60 hectares).
Bon rapport qualité-prix
Grâce au climat méditerranéen, la viticulture bio progresse fortement dans les Côtes-du-Rhône: les vins qui en sont issus s’exportent bien, à un prix soutenu (40% de plus que le prix d’un vin normal) et souvent ailleurs qu’en grande distribution (60% des ventes des côtes-du-rhône).
La Suisse est un bon client de la région, quasi voisine. Selon les données d’InterRhône pour 2009, sur les 25% de vins exportés (soit 75% consommés en France), le Benelux et le Royaume-Uni (cumulés, 45% de la valeur) devancent les Etats-Unis (12%), l’Allemagne et la Suisse (chacune 9%), suivis du Danemark (7%). On remarque dans notre tableau que les prix se tiennent: autour de 12 fr. pour les villages et certains crus, 10 fr. ou moins pour les génériques. Sous cet angle, les huit vins les mieux classés méritent d’être taxés d’un bon rapport qualité-prix.
Effet millésime gommé
L’obligation d’assembler plusieurs cépages, avec une dominante de grenache, permet aux œnologues de gommer «l’effet milllé sime» et d’offrir, année après année, des vins de bon niveau. Sans doute en 2008, marqué par des pluies aux vendanges, a-t-il fallu davantage travailler sur l’extraction. En revanche, 2009 est un grand millésime classique, où tous les cépages expriment beaucoup de fruit et d’épices (poivre, girofle, cannelle), sous une robe foncée, à reflets violacés, trois caractéristiques des côtes-du-rhône. Les deux millésimes ont été peu généreux, avec 25% de production en moins. Ce qui explique pourquoi, dans les supermarchés, aucun flacon plus ancien n’encombrait les casiers…
Pierre Thomas


