
Seigneurs bien servis
Belle surprise que cette dégustation des plus prestigieux vins du Piémont. Barolo et barbaresco sont bien servis. Même à petits prix.
Disons-le: on craignait le pire en mettant à l’épreuve douze bouteilles de vins du Piémont. Certes, tous bénéficient d’une DOCG, la «dénomination d’origine contrôlée et garantie», fleuron des appellations d’origine italiennes, et de la fascetta, la banderole de papier rose autour du goulot ou à cheval sur le bouchon, avec le numéro de la bouteille et de l’embouteilleur.
Mais que cachaient les flacons traditionnels, la bouteille bourguignonne, avec le mot moulé «albeisa» (pour originaire d’Alba, la capitale du Barolo et du Barbaresco et de… la truffe blanche, de saison en décembre), ou la bordelaise, également utilisée? Notre jury a été «déçu en bien». Jamais, en plus de mille flacons dégustés, la moyenne générale n’a été aussi haute. A 13 points (sur 20), le dernier vin du tableau n’est pas indigne, même si l’une des deux bouteilles était oxydée.
Le diable est dans le détail
C’était aussi, il est vrai, la bouteille la meilleur marché, tandis que c’est une des plus onéreuses qui mène la dégustation. L’éventail de prix très large, du simple au triple, ne se mesure toutefois pas à ces extrêmes. La bonne surprise est venue des vins de coopérative, notamment de Terre del Barolo, classés aux deuxième et troisième rangs. De beaux vins, typés et à des prix très doux. Le barolo de base de cette cave, créée en 1959 et ouverte à tous les viticulteurs de la zone du Barolo (1300 ha), est tiré à près d’un million de cols. Au total, la coopérative encave la production de plus de 600 ha, de quelque 400 viticulteurs, pour un total de 2,5 millions de bouteilles. Par curiosité, nous avons ouvert la deuxième bouteille achetée à HyperCasino. Elle ne paraissait pas aussi remarquable que la première (portant le numéro de lot 9316-1122 en tout petit sur la contre-étiquette). On rappellera que la dégustation des vins par notre jury ne porte que sur les vins cités: le contenu des bouteilles peut varier, en fonction des lots et, évidemment, des millésimes !
Le nebbiolo, grand cépage
Au quatrième rang, l’unique barbaresco de notre test et aussi le seul de 2007: une excellente affaire, là aussi, avec la typicité du nebbiolo. A l’est d’Alba, perchée sur sa colline, Barbaresco est l’autre grande DOCG du Piémont, où le nebbiolo pousse sur 750 hectares. Même raisin, mais pas exactement le même terroir… Dans les Langhe, la région des collines autour d’Alba, l’exposition des vignes compte énormément. A Barbaresco, les vendanges sont un peu plus précoces que dans le Barolo. Et le nebbiolo propre au Piémont, connu sous quatre sous-variétés (michet, lampia, rosé et bolla), est un raisin à maturation lente, dans un climat continental tempéré, qui peut connaître de fortes chaleurs en été, mais aussi du brouillard en automne (d’où le nom de nebbiolo, tiré de «nebbia», la brume en italien). Dans ces conditions, les millésimes jouent un rôle important: 2005 est certes une bonne année, comme 2004 et 2006, parfois même jugée supérieure, mais ses vins sont restés en retrait. Ils sont aussi les premiers à arriver sur le marché: une des clés du barolo est le vieillissement, jusqu’à trois ans, traditionnellement dans de grands fûts de chêne de Slavonie (lire encadré).
Le nebbiolo, présent dans le nord de l’Italie, l’est aussi dans la province de Novarre, notamment à Gattinara, également classé DOCG. Le «riserva» 2004 de Travaglini s’est bien classé, même si le caractère boisé évoque un style ancien de vinification, avec un très (trop?) long élevage sous bois. Aucun des vins dégustés ne trahissait les caractères des grands nebbiolos, avec un bouquet d’arômes de fruits rouges mûrs et noirs, d’épices douces dues à l’élevage, avec, en bouche, une belle intensité et une longue persistance, des tanins fermes, de l’acidité et de l’alcool (entre 13,5% et 14%) qui font de ces vins rouges des compagnons des meilleurs plats des tables de fête.
Pierre Thomas


