
Sous la mousse…
L’effervescence n’assure pas la transparence. Que cachent les mousseux des grandes surfaces? Pour le consommateur, impossible de le savoir. Tentative de décryptage.
Des contre-étiquettes lacunaires et des qualificatifs fantaisistes («grand vin mousseux», «vin mousseux de qualité»): voilà ce que le consommateur trouve le plus souvent sur les flacons qui déboulent en pyramide dans les supermarchés à l’approche des Fêtes.
Avant de juger 12 vins, nous avons voulu cibler les «blancs de blancs» (lire le lexique ci-contre). Ce qualificatif, hélas, ne figure guère sur les bouteilles. Reste donc la dégustation (à l’aveugle évidemment), en l’absence de toute précision permettant de poser des critères précis, selon les cépages et la méthode d’élaboration.
Dignes des fêtes
Ecrivons-le d’emblée: la moitié des vins dégustés sont dignes d’un apéritif de fin d’année, mais aussi d’accompagner un plat, le plus souvent un dessert. Parmi les six premiers, tous notés à plus de 14 points, figurent trois vins du plus grand groupe privé de France, GCF (Grands Chais de France). Il est né en Alsace et c’est l’un de ses crémants qui l’emporte, celui de la marque Arthur Metz, le plus gros producteur de ce mousseux doté d’une AOC depuis 1976. Ce vin, composé de cépages blancs (auxerrois, pinot blanc, riesling) et de pinot noir, brut comme tous les autres (soit moins de 15 grammes de sucre par litre), est aussi le seul millésimé (2008).
Suit un autre crémant, de Bourgogne celui-là, où la législation permet d’ajouter du pinot noir, voire du gamay (20% au maximum), au chardonnay, à l’aligoté et à quelques cépages locaux (melon et sacy). Pas de millésime, mais une certaine évolution...
Troisième, le seul vin italien de la dégustation, à l’exclusion du prosecco que nous testerons en 2011. Selon Denner, il est composé de prosecco, chardonnay, sauvignon et de riesling italien – soit des cépages blancs, alors que, selon le producteur Martini, il s’agit d’un brut à base de pinot noir!
Des cocktails européens
Aux rangs quatre et six, des vins des GCF, dont l’un sous la marque française la plus répandue, J.P. Chenet, élaboré en cuve close. C’est un cocktail de cépages blancs espagnols: de l’airén (le plus planté de par le monde), du parellada, (variété catalane qu’on retrouve dans le cava), du maccabeo du Roussillon, de colombard et d’ugni blanc de Gascogne! Le résultat, dans la flûte, est très correct et le flacon arbore une médaille d’or du Concours Effervescents du monde 2008 (www.effervescents-du-monde.com). Dans la même cave des environs de Bordeaux, le Kraemer, le moins cher de notre dégustation, a été élaboré sur une base sans doute assez proche.
Et les mousseux suisses? Le premier s’avance masqué sous son nom anglais, au 5e rang. C’est un nouveau produit, en cuve close, à base de vins «européens» – chardonnay, ugni blanc et colombard – élaboré à Tolochenaz (VD), dans les locaux d’Uvavins, mais sous la marque Bourgeois. «Un vin pour jeunes!» s’est exclamé un des dégustateurs.
Pur chardonnay en méthode traditionnelle, le Brut du Valais de Jacques Germanier, est au coude-à-coude avec un flacon du même prix (juste au-dessous de 20 fr.), un cava catalan, lui aussi à base de chardonnay, comme le Baccarat de la Cave de Genève, élaboré en cuve close.
Et c’est un mousseux de chez Mauler (NE), «méthode traditionnelle» avec des vins de base à l’origine non précisée, qui ferme la marche. Malgré l’ouverture de deux bouteilles, on ne peut pas exclure qu’il ait été victime du «goût de lumière» (lire le lexique). Mais qui achète du mousseux dans les supermarchés prend des risques!
Pierre Thomas


