
Bordeaux joue placé
Les Suisses ont moins acheté de vins de Bordeaux en 2009, mais l’offre est large dans les supermarchés. Et Des vins d’un bon niveau.
Rarement, après avoir dégusté quelque 1000 vins pour ce magazine, notre jury a pu recommander cinq vins de sa sélection de 12 flacons de supermarché. Certes, ces bouteilles ne sont pas bon marché, mais moins chères que celles sélectionnées par un jury helvétique (lire encadré). Le prix moyen de la bouteille se situe autour de 15 fr. Et ce sont deux vins au cœur de cette cible qui se distinguent: un Bordeaux Supérieur à 16.95 fr., le Château de Seguin, Cuvée Prestige, devant un Saint-Emilion Grand Cru à 14.95 francs, le Château La Fagnouse.
Joli exploit pour le premier, du millésime 2007. La majorité des vins proviennent de ce millésime, le plus contrasté depuis 2000. On rappellera que, cette dernière décennie, Bordeaux a connu trois années exceptionnelles : 2000, 2005 et 2009. 2006 est considéré comme une grande année, tandis que 2007 et 2008 sont en retrait, même si ce ne sont pas de «petits millésimes», mais plutôt des années où les vins, fruités et équilibrés, se laissent boire assez rapidement. Et 2010 devrait être du même tonneau.
Saint-émilion bien représenté
Millésimes et appellations sont deux facteurs importants dans le Bordelais, un vignoble de 120 000 hectares sur le seul département de la Gironde (soit huit fois le vignoble suisse), planté à 85% en rouge. Pour la Suisse, les Saint-Emilion Grands Crus représentent 10,5% des importations et les Bordeaux Supérieurs, 7,8%, loin derrière les appellations du Médoc et du Haut-Médoc (33% cumulés), y compris les AOC de communes (Pauillac, Saint-Estèphe, Saint-Julien, etc.) et les bordeaux de base (30%).
Pourtant, en supermarché, et dans cette tranche de prix (jusqu’à 20 fr.), Bordeaux Supérieurs et Saint-Emilion Grands Crus sont bien présents. Comme chez Denner, qui glisse trois de ses vins parmi le quinté gagnant. Les deux vins les plus chers de la dégustation (18.90 fr. et 18.95 fr.) jouent placés – une fois n’est pas coutume! C’est que, en dehors des crus classés dont les (riches) Suisses sont friands, une certaine hiérarchie s’est installée: les vins les moins chers traînent en queue de classement.
Grande région française traditionnelle, Bordeaux s’efforce de tenir son rang. Egalement sélectionnés par le jury helvétique, les trois vins du deuxième au quatrième rang sont tous issus de 70% de merlot, complété par du cabernet franc. Les deux cépages sont plus souples que le cabernet sauvignon, plus végétal, notamment les années climatiquement défavorables (froid et pluie). Les méthodes modernes de vinification permettent de gommer les effets des millésimes, sans donner à ces rouges de gastronomie des allures de Nouveau-Monde, un caractère relevé pour le seul Château Pierrail, un brin flatteur.
Une grosse baisse à l’export
Commercialement, les bordeaux ont été victimes de la crise économique, dès le milieu de 2008. En 2009, les exportations ont baissé de 14% en volume (206 millions de bouteilles exportées) et de 23% en valeur. En 2010, la tendance paraît s’inverser, grâce au millésime 2009, qui a dopé les prix de vente, notamment des grands vins. Mais il y a crus classés et grands crus… Les vins de Saint-Emilion échappent au classement de 1855, toujours en vigueur dans le Médoc. Leur hiérarchie est soumise à révision tous les dix ans, quand la justice n’est pas amenée à suspendre le palmarès! Les grands crus sont très nombreux à Saint-Emilion et se retrouvent, dès lors, à des prix favorables dans les grandes surfaces.
Pierre Thomas


