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Sekunda, l’assurance très secondaire

Souscrire à une assurance privée afin de se faire seconder, en cas d’accident, dans la bonne tenue de son ménage, est-ce vraiment nécessaire?

Le Groupe Mutuel propose une assurance complémentaire permettant de combler les lacunes pécuniaires pour une personne dans l’incapacité d’assurer la tenue de son ménage, à la suite d’un accident domestique ou lors d’autres activités courantes (circulation, loisirs, sports, etc.). Grâce à des indemnités journalières de 30 ou de 50 fr., l’offre Sekunda – «votre fée du logis en cas d’accident» – participe au financement des services d’une femme de ménage ou d’une garde d’enfants, de transports privés (par exemple pour se rendre chez le médecin), des repas à domicile, etc. Nul besoin, d’ailleurs, de justifier les dépenses: du moment que l’allocation est accordée, elle est due quelle que soit son utilisation.

Il est vrai que les femmes ou les hommes au foyer ne sont pas aussi bien protégés que les employés, qui bénéficient, eux, automatiquement d’une assurance contre les accidents, la maladie et l’invalidité s’ils travaillent plus de 8 heures par semaine chez le même patron. Or, cette assurance inclut une perte de gain (jusqu’à 80% du dernier salaire). Rien de ça pour les personnes sans revenu fixe, qui sont obligatoirement assurées contre les accidents par leur caisse maladie pour les frais de traitement, mais sans autre indemnité. Des offres comme Sekunda sont-elles pour autant nécessaires en cas d’incapacité de travail domestique?

Les restrictions

Non, répond clairement Cédric Zermatten, spécialiste des assurances chez VZ Suisse romande, et ce pour les raisons suivantes.

Avec une assurance accidents habituelle (LAA), le droit à l’indemnité journalière naît le troisième jour qui suit celui de l’accident. Sekunda, quant à elle, ne verse des prestations qu’à partir du 16e jour après la livraison du certificat médical. C’est un délai d’attente particulièrement long, qui exclut de facto de nombreux cas où ce type de complémentaire trouverait précisément une utilité.

  • A l’inverse, la durée du versement des prestations est limitée à 365 jours, tout comme celle de la LAA d’ailleurs. Dans les deux cas, il faudra donc compter sur l’assurance invalidité (AI) afin de prendre le relais, pour autant que l’invalidité soit de 40% ou plus. Mais cela prend du temps, six mois au moins, un an souvent. Par conséquent, en cas de très gros pépin, même si l’AI paie rétrospectivement, il faudra vivre sans aucune indemnité durant une longue période.
  • Le plus important est toutefois ailleurs: le degré d’incapacité de travail ménager*, fixé par le médecin, dicte le montant de l’allocation accordée au bénéficiaire. Dans le cas d’accidents ménagers, il dépasse rarement 25%. Or, Sekunda n’accorde des allocations partielles qu’à partir d’un ITM de 25% et complètes qu’à partir d’un ITM de 70%!
  • Enfin, seuls les cas accidentels sont pris en compte: la maladie ainsi que la maternité sont exclues de la garantie d’assurance. Or, les statistiques sont têtues: 90% des arrêts de travail sont dus à la maladie, contre seulement 10% aux accidents…

Primes avantageuses

On le voit: l’offre est restrictive. Elle est en revanche – a priori du moins – avantageuse pour les personnes entre 19 et 50 ans, puisque la prime mensuelle n’est que de 3.90 fr. pour recevoir une allocation journalière de 30 fr. (6.50 fr. pour une allocation de 50 fr.). Même si elle passe à 8.40 fr. (respectivement 14 fr.) pour les assurés entre 51 et 65 ans (mais impossible d’adhérer au-delà de 55 ans).

Si nous disons «a priori», c’est précisément à cause des restrictions évoquées plus haut. Cédric Zermatten fait un simple calcul: «Prenons l’exemple d’une invalidité pleine durant un mois. L’assuré va de toute façon payer lui-même sa femme de ménage les deux premières semaines à cause du délai de carence. Puis, à raison de 2 heures hebdomadaires, ses services vont lui coûter 30 fr. x 4, soit 120 fr. Cela correspond à 9 mois de primes dans le cas le plus cher. Le jeu ne vaut donc pas la chandelle.»

Marie Tschumi



* Par travail ménager, on entend les activités accomplies à domicile pour la bonne tenue du ménage: entretien du logement, préparation des repas, prendre soin des enfants, etc.