
Alsace: plutôt G ou R?
Dans les supermarchés, l’Alsace se résume à deux vins de cépages: le riesling et le gewurztraminer.
Entre 2008 et 2009, la Suisse est le seul pays d’Europe, avec la Suède, où les ventes de vins alsaciens n’ont pas reculé. La progression pour la Suisse, neuvième pays importateur, a dépassé les 10% (à 7,5 millions de litres). Et cela se remarque dans les supermarchés, avec des années récentes (2008) et un choix un peu plus large. Du reste, la grande distribution est le vecteur traditionnel de la vente des vins d’Alsace, notamment en France (75% de la consommation de ces vins, dont 80% achetés dans les grandes surfaces). Chez nous, les distributeurs se contentent en général de deux vins, un riesling et un gewurztraminer, du même producteur, soit d’une seule coopérative ou d’un seul négociant. Les premières représentent 38% de la production, les seconds 42%. Autant dire que l’Alsace et ses 15 600 hectares pour 115 millions de litres – soit un peu plus que la Suisse viticole, en surface et en volume – est déjà passée à une échelle où le vigneron-encaveur vendant en direct n’est qu’une minorité.
Le cépage avant le terroir
Ces données de base éclairent le tableau ci-contre, divisé en deux. Les rieslings, d’abord. Ce cépage, que d’aucuns voient comme le grand blanc du 21e siècle, couvre 22% du vignoble alsacien. Il donne des vins vifs, peu alcoolisés (12 à 12,5%). L’Alsace, même si les terroirs y sont très diversifiés, a choisi le camp des vins de cépage. Les vins de terroir, eux, sont réservés aux Grands Crus, délimités dès 1975. Ils sont nombreux (une liste de 51 Grands Crus), plus ou moins vastes (de 3 à 80 hectares), sur des sols divers (pour la plupart marno-calcaires, avec de rares schisteux, volcaniques ou granitiques). Pour le reste, on parlera davantage de styles de vins (lire encadré).
Produits par les vignerons d’Eguisheim, le vin jugé le meilleur de notre dégustation, joue sur une agréable finesse. Il déjoue les pièges d’une vinification ultramoderne, représentée par le deuxième, de la Cave d’Obernai. Fleuron des Grands Chais de France, un groupe qui affirme être le principal exportateur de France (il détient la marque J.P. Chenet et a racheté le négociant bordelais Calvet). Dernier classé, le riesling de Laugel – Arthur Metz, est paru plus lourd et pataud, un défaut que les vins alsaciens ont souvent eu par le passé.
Double réussite? Rare!
Changement de décor avec le gewurztraminer (18% du vignoble): cette fois, c’est ce même producteur qui l’emporte, avec un vin équilibré entre le côté floral et épicé. Les vignerons d’Eguisheim s’en sortent bien encore avec leur étiquette jaune pétant (Willm). Coop reste un peu en retrait, avec des vins légèrement doucereux dans les deux cépages (ligne Baron de Hoen), mais avec un effort louable de tirer la gamme vers le haut avec un riesling d’un négociant réputé (Paul Blanck) et le seul Grand Cru de cette dégustation, le Sonnenganz des vignerons de Beblenheim, troisième parmi les gewurztraminers.
Les 2009 étaient peu présents dans les casiers: un seul figure au tableau, le gewurztraminer de la Cave d’Obernai, mieux placé avec son riesling 2008 (deuxième). Démonstration est faite que, si les acheteurs des grands magasins se simplifient la vie en sélectionnant deux vins chez le même producteur, le client lambda, lui, a le choix. Qui signe un riesling fin ne réussit pas forcément un gewurztraminer subtil!
Pierre Thomas


