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De la bibine en bib

Le bag-in-box dispose techniquement de toutes les qualités. Pourtant, dans les supermarchés, seuls des produits d’entrée de gamme sont logés dans ces cartons. Notre palmarès.

D’accord, cette dégustation ne va pas rehausser l’image du contenant. Ceux qui prétendent que «l’habit ne fait pas le moine», comme ces précurseurs genevois (lire encadré ci-contre), sont encore rares. Pourtant le «bag-in-box» (abrégé bib), «cubitaineur» du IIIe millénaire, offre tous les avantages. Dans sa boîte en carton est logée une outre (de 3 l, en général – seul exemple à 5 l de notre test, le dernier classé) en film de PET ou de matériau composite, avec un peu d’aluminium.

Des avantages et un handicap psychologique

Premier avantage: le contenant, aussi appelé fontaine à vin, est plus léger que le verre, incassable, plus facile à stocker et recyclable. Deuxième avantage: le vin est à l’abri d’un de ses ennemis, la lumière. Pour la température, le carton de 3 litres peut (et doit) aller au frigo pour conserver les blancs. 

Les autres avantages s’expliquent par le «détail» qui marque une évolution depuis le berlingot ou le cubitaineur, un petit robinet en plastique. Celui-ci permet de doser sans problème le vin dans un verre. Mais, surtout, le vide d’air de l’outre qui se rétracte permet de conserver pendant six semaines le contenu sans la moindre altération, en tirant un ou deux verres par jour. 

Bref, après l’œuf de Colomb, la fontaine à vin! Mais les réticences psychologiques pour cet objet (trop) banal restent tenaces. Au point que seuls des vins de consommation courante sont disponibles en supermarché. Et encore, pas dans tous les magasins… Ou alors, un seul vin de qualité moyenne, comme le Cabernet-Syrah de la marque JP Chenet (classé 5e), proposé en ligne par Le Shop (Migros), Coop, Aligro et Hyper Casino. Cette dernière chaîne, à l’image des supermarchés français dont elle est l’émanation, est la seule à miser sur une pyramide de bibs en évidence dans son rayon vins. A Coop et à Aligro, il faut aller chercher au bas du rayon ou parmi les flaconnages divers. Manor ne propose qu’un ou deux produits et Denner, aucun.

Des vins du Sud corrects

Pour notre jury, l’exercice de la dégustation (à l’aveugle) n’a pas changé. Les quatre premiers vins ont été jugés très corrects: ils ne feront pas honte à un pique-nique au bord d’un lac, avec saucisses et grillades. Même produits à échelle dite industrielle (la mise en carton des deux premiers s’est faite loin de leur région de production, en France, pour le vainqueur espagnol, et près de Vérone pour l’italien), le tempranillo, le negroamaro du sud de l’Italie ou le carmenère du Chili, donnent des vins d’un excellent rapport qualité-prix. Le Languedoc-Roussillon suit. 

Bordeaux, dont Casino regorge, est à la traîne. Et il ne faut pas se fier aux apparences: bien qu’ingénieux, le caisson de bois de certaines marques (Calvet, 11e, JP Chenet, non classé avec son Merlot-Cabernet) ne saurait faire illusion. C’est bel et bien le contenu qui compte. Et, si le «goût de bouchon» est définitivement éliminé du bib, celui-ci aura de la peine à s’imposer s’il est réduit à contenir de la bibine ordinaire. Pourtant, le système est astucieux, tant pour les personnes seules que pour les bars à vins. Vivement que le bib sorte de l’anonymat des supermarchés!

Pierre Thomas



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