
Le reflet d’un riche millésime
Même, ou parce que l’année 2009 fut riche, les chasselas se mettent déjà en place dans les rayons des supermarchés. Match serré dans la jungle des appellations.
Bien sûr, les meilleurs chasselas ne se retrouvent pas dans les rayons au début de l’année. Encore que, selon les statistiques, les vins d’entrée de gamme de 2008, petite année en quantité, étaient épuisés, favorisant l’importation de vin blanc étranger (qui a battu son record en 2009). Les producteurs suisses ont donc tout intérêt à occuper le terrain sans rupture de continuité.
Selon plusieurs œnologues, le millésime 2009 devrait s’exprimer sur deux axes: d’une part, des vins blancs légers et aromatiques, qu’il ne sert à rien de garder en cuve, d’autre part, des vins minéraux, concentrés, qui peuvent patienter. Et, si les Vaudois ont produit 20 millions de litres du principal cépage de leur vignoble, soit autant qu’en 2008, les Valaisans sont passés de 10 à plus de 11 millions de litres. Dans les deux cantons, la moyenne du taux de sucre des raisins aux vendanges dépassait les 80° Oechslé, soit pratiquement l’optimum pour ce cépage, alors que, en 2008, la différence entre valaisans (78°) et vaudois (72°) était sensible.
Avantage aux blancs vaudois
Ces données de base éclairent immédiatement le tableau ci-contre. Les cinq premiers classés sont des vins vaudois, de milieu de gamme, avec un neuchâtelois intercalé. Les fendants sont dans le milieu du tableau et, à l’exception d’un seul, derrière les chasselas romands. En 2009, année riche, l’équilibre gustatif du chasselas se joue entre les arômes propres au cépage (tilleul, fruits blancs), l’acidité et le gaz carbonique. Ces deux derniers paramètres sont essentiels pour conforter le sentiment de fraîcheur. L’acidité peut être encouragée, notamment par la renonciation à la «deuxième fermentation», la malolactique, sur tout ou partie du vin. Les œnologues dosent le gaz carbonique, au risque de sécher le vin et d’y ajouter de l’amertume. Ces deux leviers de correction ne sont pas sans risque sur le goût d’un vin aussi délicat.
Vainqueur du jour, le Culinarius est plus une marque de Coop qu’une origine (lire encadré). Ce vin donne raison au chef des achats des boissons de Coop, Christoph Bürki, pour qui, rayon chasselas, «le prix compte plus que le style». A moins de 10 francs, ce vin blanc de bonne structure, est très agréable. Ex æquo, le Saint-Saphorin joue sur les mots et devance assez nettement les deux suivants, dont une marque de Lavaux connue (Coup de l’Etrier), près de deux fois plus cher que le gagnant du jour.
D’honnêtes chasselas romands
La rareté du vin blanc suisse aurait dû signer le glas du chasselas romand. Celui-ci n’est pas une appellation d’origine contrôlée (AOC), mais un vin de pays, qu’il est possible de produire en plus grande quantité qu’un vin AOC. Les Vaudois ont ouvert une telle possibilité: seuls 52 000 litres (sur 20 millions!) ont été produits dans cette catégorie. Le reste du chasselas romand est du vin AOC déclassé provenant principalement de Genève ou, en fonction du marché, d’autres régions. Les deux exemples, classés au 6e et 8e rangs atteignent un niveau tout à fait honnête, à l’instar du premier fendant, 7e, produit pour la grande distribution par une société sœur des caves Orsat-Rouvinez, comme les vins de la Cave de Jolimont ressortissent au groupe Schenk.
Aux deux derniers rangs, des fendants, bien mieux notés par le passé. Peut-être que la mise en bouteilles précoce leur a joué des tours. Ou alors, faut-il en déduire que les blancs vaudois sont remarquables en 2009, ce que tend à prouver la grande richesse naturelle moyenne en sucre.
Pierre Thomas


