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Chianti, la hiérarchie respectée

En quatre-vingts ans de législation, le Chianti Classico a été sans cesse mieux défini. Notre dégustation montre que la hiérarchie sait se faire respecter.

Face à la déferlante des vins du sud de l’Italie dans les supermarchés, on aurait tort de snober le vénérable Chianti Classico! Une bouteille produite sur trois est bue en Italie, une autre aux Etats-Unis et, pour les marchés restants, la Suisse, avec 1,5 million de bouteilles importées en 2009, figure au 5e rang des pays importateurs (6% de la production). De tout temps, grâce à l’axe sud-nord du Gothard, notre pays a été un partenaire économique privilégié. Et c’est la troisième fois, après 2003 et 2007, que Tout Compte Fait se penche sur ces vins.

Avec une excellente note, compte tenu de la sévérité avérée du jury de Tout Compte Fait, un Chianti Classico un peu suisse s’impose. Le Grison Luca Triacca a étudié l’œnologie à Wädenswil (ZH), avant de prendre les rênes de deux domaines toscans, propriété de sa famille, basée dans la vallée de Poschiavo et en Valteline. A La Madonnina, sur quelque 100 hectares, le vignoble a été aménagé ces quarante dernières années. Et 60% de la production est écoulée en Suisse.

Presque toujours un assemblage

Que trois Riserva arrivent en tête de notre dégustation, devant un «normal» 2004, s’explique par une série de millésimes remarquables. Les 2006 ont été annoncés comme de garde: ils confirment leur potentiel, dans leur version la plus aboutie, les Riserva vieillis au moins 24 mois, dont trois mois en bouteilles. Le Castello d’Albola 2005, vendu 10 fr. plus cher que La Madonnina, montre l’efficacité de la reprise en main par une famille viticole dynamique, les Zonin. Quant au Barone Ricasoli, il hérite du savoir-faire de son glorieux ancêtre. Il avait mis au point la formule de l’assemblage du Chianti. Au sangiovese (80%), s’ajoutent des cépages soit traditionnels, comme le canaiolo et le colorino, soit internationaux, comme le merlot, le cabernet sauvignon ou la syrah. En revanche, depuis 2006, les raisins blancs de trebbiano et de malvasia, longtemps assemblés au sangiovese, sont exclus du Chianti Classico. On le voit: la législation a évolué, les usages aussi, puisque, en 2009, les producteurs ont admis un «plafond limite de classement», soit le paiement des vins mis sur le marché, avec une certaine quantité bloquée, pour ne pas faire chuter les prix. Et, depuis 2003, la Suisse ne peut plus embouteiller des Chianti Classico sur son territoire.

Une série de bons millésimes

Avec l’ambition de figurer au sommet de l’appellation, le Chianti Classico représente toujours un bon rapport qualité-prix. Les notes de notre dégustation le montrent. Derrière le trio de Riserva de tête, le premier Chianti Classico «normal» est un 2004 – année exceptionnelle, dont les vins vieillissent bien. Les 2007 «normaux» sont nés dans un millésime de bonne réputation, plus riche et plus souple que les 2006. Classé derrière eux, le seul 2008 est un des premiers arrivés en Suisse, puisque les Chianti Classico ne peuvent pas être mis sur le marché avant le 1er octobre de l’année suivant la vendange. Il est le seul de la maison Carpineto à sauver la mise: le Riserva 2005, comme le «normal» 2007, étaient entachés de faux goûts désagréables.

En queue de classement, deux pirates. Le premier, le Chianti DOCG Gianini, illustre la confusion entre le Chianti Classico (lire encadré) et la masse des autres vins qui ont droit à l’appellation générique Chianti. Et le second, un vin de cépage de la région voisine, l’Ombrie, prouve que la Toscane reste le bastion incontestable du sangiovese. Un bilan somme toute rassurant.

Pierre Thomas