
Propager la peur à coups de millions
Faut-il que les milieux économiques, et plus tristement le Conseil fédéral, soient à court d’arguments pour mener, si tôt et si massivement, une campagne fondée sur la peur et le mensonge?
Car, quoi qu’en disent les annonces publicitaires insérées dans la presse depuis le début de l’année, les 600 millions de francs qui manqueraient chaque année dans les caisses de pension ne sont qu’une supposition. Il s’agit en effet – comme le précise l’Office fédéral des assurances sociales lui-même – d’une prévision fondée sur la différence entre le capital nécessaire avec un taux de conversion de 6,4% et de 6,8%.
Autrement dit: selon les estimations des assureurs, il pourrait manquer 600 millions de francs dès 2016. En laissant tomber le conditionnel et en oubliant de préciser qu’ils évoquent le futur, les partisans de la baisse tentent de faire croire que c’est d’ores et déjà le cas aujourd’hui. Cela frise le mensonge. D’autant que leurs chiffres ne sont pas crédibles, comme nous le démontrons en pages 22 et 23.
En jouant la carte de la peur, les milieux économiques espèrent compenser la fragilité de leurs arguments. Ils n’y arriveront pas: il n’y a – aujourd’hui, en 2010 – aucune raison de prendre une décision précipitée et irréversible. Il faut voter non à la baisse des rentes, donc de nos retraites, le 7 mars prochain.
Christian Chevrolet

