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12 vins rouges valaisans: Le plumage trahit le ramage

Réputés fleurons du Valais, les humagnes et cornalins des grandes surfaces sont très décevants. Voilà la conclusion de notre dégustation.

«Avec de tels vins, les producteurs suisses se tirent une balle dans le pied!» s’est exclamé notre nouveau membre du jury, Stéphane Meier, dégustateur amateur passionné et employé de banque à Genève. Hélas, on ne peut guère contredire ce jugement sévère. Le vin le mieux noté, provenant d’une cave présidée par Dominique Giroud, avec 13,6 points, est aussi le moins cher, mais il n’atteint pas, de justesse, le «bon». Et pas moins de huit vins sont au-dessous des 12 points! 

2007 et 2008, petites années

Comment expliquer une telle bérézina? D’abord, tous les vins jugés manquaient de chair et montraient de la verdeur, signe que les raisins n’ont pas été récoltés à maturité suffisante. Il faut dire que, en 2007, le Valais a connu une année à la fois fraîche et pluvieuse, avec une attaque de mildiou, un phénomène rarissime dans le Vieux-Pays. 2008 était plus favorable, mais avec de la pluie en septembre, et un risque de pourriture, de sorte que certains viticulteurs ont préféré vendanger tôt, alors que ceux qui ont attendu ont pu encaver de beaux raisins.

Manifestement, le talent du vigneron, davantage que celui de l’œnologue, est nécessaire sur des cépages comme le cornalin et l’humagne rouge. On peut certes les «arranger» un peu en ajoutant 15% de gamaret, de garanoir, de diolinoir, voire de carminoir, mais ces coupages se font au détriment de la pureté aromatique.

Parents mais très différents

Cépages typiques du Valais, cornalin et humagne sont parents, comme l’a démontré, par une analyse ADN, le généticien José Vouillamoz. Le cornalin est le descendant de cépages valdôtains, le petit rouge et le mayolet. Et l’humagne rouge est la propre fille du cornalin valaisan et d’un autre parent non identifié. Pourtant, les deux vins qui en résultent sont très différents: le cornalin devrait avoir du fruit (avec des arômes de cerise noire) et de la souplesse, tandis que l’humagne rouge, très tardive, peut certes être «sauvage», mais, si le rendement est maîtrisé et la maturité atteinte, ne devrait pas se singulariser par de la verdeur. 

Dans notre dégustation, la différence entre les vins s’est exprimée surtout par des défauts: deux cornalins 2008 – le Grand Métral de Provins-Valais et celui de Kuonen et Grichting – ont été éliminés, sur des défauts œnologiques (forte réduction), de même que l’humagne rouge Hurlevent 2007 (également réduit). Il a fallu ouvrir deux bouteilles de la plupart des vins pour constater que c’était bien le vin, et non le flacon, qui possédait les caractéristiques reprises dans le tableau.

Des vignes trop jeunes?

Alors, faut-il acheter dans les supermarchés ces vins qui font la gloire de certains vignerons-encaveurs? Le risque est grand de tomber sur des bouteilles qui ne sont pas du niveau d’un vin rouge plaisant, même si l’on fait abstraction des caractéristiques propres aux cépages. Coop ne s’y est pas trompée: dans la plupart de ses magasins, elle n’offre qu’un cornalin et qu’une humagne rouge (ceux dégustés ici), alors que les dôles et les pinots noirs valaisans sont nombreux. Et, récemment encore, Denner ne proposait pas ces «spécialités» rouges valaisannes, dont les surfaces ont beaucoup augmenté en quelques années. L’humagne rouge en production est passée de 60 à 125 ha, en dix ans, et le cornalin, de 30 à 112 ha. Et le rouge en général a progressé de 53% à 62% du plus vaste vignoble suisse. L’Etat du Valais se dit même préoccupé du maintien du prix de ces vins (lire l’encadré). Sans parler de qualité…

Pierre Thomas


Pour télécharger le tableau comparatif des produits, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.