
Le grand écart, olé!
Coup de projecteur sur les vins rouges espagnols des régions de «dénomination d’origine» (DO). Ils savent tenir leur rang.
Selon l’Observatoire des vins en grande distribution (publié par l’Etat du Valais), la part des vins rouges étrangers dans les supermarchés est de 83,6%. Entre 2006 et 2008, leur prix s’est apprécié de 5,3%, avec une moyenne à 8.56 fr. le litre. Avec des vins à 13.69 fr. la bouteille en moyenne (18.25 fr. le litre), notre sélection de ce mois évolue donc dans le haut du tableau.
C’est une nouveauté pour l’Espagne: jadis cantonnée dans un segment de prix au-dessous de 10 fr., ses vins visent désormais la catégorie au-dessus. En ciblant des régions à «dénomination d’origine» parmi les plus prestigieuses, hormis La Rioja, seuls trois flacons sont proposés à moins de 10 fr. Mais, une fois de plus, le facteur prix ne joue qu’un rôle marginal: les trois vins les meilleur marché figurent parmi les sept premiers. Un vin à moins de 10 fr. est même pointé au premier rang, certes avec des commentaires moins flatteurs que son ex æquo.
De toutes les régions les plus fameuses d’Espagne, il paraît logique que la Ribera del Duero s’impose. Pourtant, les deux vins les mieux notés sont très différents. Plus que le cépage – ici, le tinta del país, synonyme de tempranillo dans La Rioja –, c’est le mode d’élevage qui distingue les vins espagnols (lire l’encadré).
Deux Ribera très différents
Le duo de tête fait le grand écart. D’un côté, le Portia 2004, un vin solidement bâti, à maturité, élevé dix mois en barrique de chêne américain, médaillé d’or au concours Tempranillo du Monde. De l’autre, le Vina Mayor 2007, un vin juvénile, passé seulement trois mois en barrique de chêne américain, bien noté (86 points sur 100) par le critique américain Robert Parker. Ces vins témoignent du dynamisme des entreprises vitivinicoles espagnoles (+35% de vin entre 1996 et 2005!). Les deux domaines encavent un peu plus de 160 hectares dans la région de Valladolid (haut plateau au nord de Madrid). Portia, avec sa cave futuriste construite par l’Anglais Norman Foster (domicilié au château de Vincy, sur La Côte vaudoise), appartient au groupe Faustino, influent dans La Rioja et ailleurs en Espagne, tandis que Vina Mayor est un nouveau domaine d’une entreprise centenaire, les fils d’Antonio Barceló; le vin dégusté est son entrée de gamme.
Des vignes parfois trop jeunes
Derrière ce beau duo, un vin pirate, venu de l’île de Majorque, fort bien fait, à base du cépage local manto negro, puis quatre vins de la région de Zamora, dont trois de la DO qui monte, Toro, où les «bodegas» ont poussé comme des champignons depuis les années 1990. Là encore, le cépage tinta de toro n’est autre que le tempranillo.
Réputé pour ses vins très haut de gamme, le Priorat (arrière-pays de Tarragone), classé DO «qualifiée» (DOCa), soit le top des appellations, a connu récemment la plantation de nombreuses jeunes vignes. Les deux vins dégustés, de 2004, ne sont guère convaincants. L’hétérogénéité des cépages (grenache, merlot, syrah dans le Terramar) n’est pas étrangère à ce constat. Quant au Bierzo (11e), il s’appuie sur le mencia, cépage local prometteur. Mais il ne sourit qu’aux producteurs exigeants: plusieurs œnologues célèbres du Priorat ont investi dans cette jeune dénomination (elle a dix ans) du nord de l’Espagne. Tous les vins dégustés affichent entre 13% et 14% d’alcool.
Enfin, deux vins de la Ribera del Duero, l’Acontia Roble 2007 (Coop, 11.90 fr.) et le Vina Vilano Roble 2006 (Manor, 13.95 fr.) ont été éliminés, le premier pour cause de goût de bouchon sur les deux échantillons, le second sur un défaut œnologique persistant (nez d’œuf pourri, trahissant l’hydrogène sulfuré). Comme quoi, même quand l’origine paraît excellente, il faut savoir choisir son vin!
Pierre Thomas


