
Les assemblages divisent
Et si on essayait un de ces nouveaux vins rouges suisses? Eh bien, on a essayé: le résultat n’est guère brillant sur 2007 et 2008.
L’idée de départ était bonne: traquer dans les rayons des supermarchés les vins rouges suisses qui ne sont pas ou ne contiennent pas (trop) de pinot noir, mais mettent l’accent sur les cépages de Changins. Les 224 hectares de gamaret et de garanoir vaudois, les 154 hectares genevois, les 98 valaisans doivent bien finir quelque part et pas toujours dans des cuvées haut de gamme! De même pour le diolinoir, surtout planté en Valais (86 hectares, dix fois moins sur Vaud).
Manque d’informations
On en a bien déniché, de ces assemblages. Constat pour le consommateur: les informations des étiquettes et contre-étiquettes sont lacunaires et ne donnent pas les proportions. Le champion de cette catégorie est le vainqueur du jour: Peissy 2007. Un vrai vin mystère! Issu de raisins genevois, vinifiés par la coopérative vaudoise Uvavins, il cache bien son jeu et n’affiche que Peissy comme AOC – au risque que le béotien situe cette commune genevoise sur La Côte. L’étiquette ne donne aucune information sur sa composition. Mais, à l’aveugle, il s’impose, grâce à un certain volume.
Des vins tutti frutti
La plupart des vins dégustés péchaient par un double défaut: un manque de structure et une finale amère et sèche. Le deuxième, l’As de Cœur de La Côte, porte bien la marque du millésime: 2008 a permis une lente maturation des raisins, avec son été frais et pluvieux et un automne ensoleillé, mais les vins devraient aussi être plus longs à se faire. gamaret, garanoir et pinot noir le composent. Si les pourcentages ne sont pas révélés, un indice: le tiercé doit figurer dans l’ordre décroissant. Son ex æquo valaisan, Favi, ajoute au pinot noir du diolinoir, du gamaret, de l’humagne et de la syrah. Passons sur les deux flacons de Salvagnin (lire encadré) et le sixième (Glamour), le plus cher de la dégustation, précise en contre-étiquette qu’il est fait de gamaret, garanoir, pinot noir, gamay, syrah, merlot et ancelotta! Et surtout, passé un an en barrique, qui lui a communiqué un goût étrange. Ce détail lui vaut d’emmener le gros peloton des mal classés.
Pour les suivants, les duos pinot-gamaret (Dolia), gamay-diolinoir (Gally) ou gamaret-garanoir (Dizerens) sont décevants: manque de complexité, tannicité élevée et verdeur les caractérisent. Quant au Château d’Allaman et au Domaine de Valmont, ils se retrouvent côte à côte. Ils étaient tous deux membres de Clos, Domaines et Châteaux avant que Valmont ne soit retiré de cette association pour figurer chez Denner, à un prix plus bas. Allaman a du pinot, en plus du gamay, gamaret et garanoir, trio dont se contente Valmont. Mais on joue là moins dans la cour des grands que dans le périmètre d’un vin rouge vaudois standard, le Salvagnin.
Croisés pour être assemblés
Il faut dire qu’à Changins le gamaret, le garanoir, le mara (frère cadet naguère connu sous son nom de code C 41) et le diolinoir, puis le carminoir et le galotta, ont été croisés à partir d’autres plants pour pallier l’interdiction de couper les vins rouges suisses avec des vins étrangers plus structurés. Rapidement, vignerons et œnologues se sont rendu compte que ces «nouveaux cépages» (vieux aujourd’hui de plus de 30 ans) dénaturent le pur pinot noir et qu’ils doivent trouver leur place en solo ou en complémentarité. Au prix des supermachés et sur des millésimes délicats comme 2007 et 2008, pas facile de transformer ces bâtards en pur-sangs.
Pierre Thomas


