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Du beaujolais, qui l’eût cru?

Le Beaujolais se plaint et souffre de la crise. Hélas, les vins, même des crus les plus connus, vendus dans les supermarchés, sont décevants.

Quatre vins à un peu plus de 13 points. Et puis, plus rien d’intéressant, sans compter deux vins indignes de figurer dans un rayon. Voilà le résultat de la dernière dégustation du jury de TCF. Mais alors, direz-vous, pourquoi avoir choisi des beaujolais? D’abord, parce que cette région voisine de la Suisse (à une heure d’autoroute de Genève), plantée en «gamay noir à jus blanc», est encore très présente dans les supermarchés, même si les ventes en Suisse ont été divisées par quatre en dix ans (1,5 million de litres en 2008).

Bons à 10 francs, pas plus

Des vins d’entrée de gamme, à 5 ou 6 fr., bien sûr, mais aussi des bouteilles des dix crus du Beaujolais, censés figurer, avec un prix plus soutenu, parmi les vins rouges de mi-gamme. Et ce sont ceux-ci que nous avons dégustés. Quatre flacons passent la barre des 13,5 points. Une fois de plus, ce ne sont pas les plus chers qui se distinguent. Avec un meilleur rapport qualité-prix vendu en action et deux vins à moins de 10 fr., rien à reprocher au tiercé gagnant. Le vainqueur du jour, un Fleurie 2007, figure sous une marque, sans doute proche – même si cette information n’apparaît pas sur la bouteille laissant le consommateur dans l’ignorance – du deuxième classé ex æquo, un Juliénas 2007 de François Martenot. Ce dernier négociant, qui commercialise aussi des vins de Bourgogne – grande région viticole à laquelle appartient le Beaujolais – a été cédé récemment par le groupe suisse Schenk au groupe alsacien Tresch (également Raoul Clerget en Bourgogne). 

A boire plutôt jeunes

Complétant le tiercé gagnant, le Brouilly 2007 du négociant Jean-Louis Quinson, également propriétaire de la Compagnie Beaujolaise, dont le Moulin-à-Vent 2007 est le quatrième vin à tirer son épingle du jeu. Il complète le tir groupé des 2007 et des Moulin-à-Vent. Double leçon: le millésime le plus jeune est préférable à un plus ancien, même pour le cru réputé le plus apte à (bien) vieillir parmi les dix appellations (Fleurie, Juliénas, Chiroubles, Saint-Amour, à boire plutôt jeunes, Brouilly et Moulin-à-Vent moins précoces, alors que Chénas, Côte de Brouilly, Morgon et Régnié ne figurent presque plus dans les rayons).

Négoce médiocre

Pour les producteurs indépendants du Beaujolais (lire encadré), la région et ses vins souffrent de l’image donnée ces quarante dernières années par les négociants et les coopératives. Que ce soit sous une marque, Georges Dubœuf, qui l’a relancé dans les années 1970 et se vend encore cher (son Brouilly 2007 est en tête des… mal classés) ou une coopérative alignant les étiquettes de domaines (la Cave Bel-Air, fondée en 1929 et ses quelque 600 hectares), les vins dégustés sont, en effet, décevants. On ne parle même pas des derniers classés, où on peine à incriminer le seul bouchon: chez le dernier classé, de Mommessin, une marque jadis prestigieuse, il est, du reste, en plastique. 

Mais où est donc passé le beaujolais jovial, fringant, gouleyant, allant avec tous les plats, parce que peu tannique, peu boisé et peu alcoolisé? Mort il y a dix ans, Raymond Dumay, qui écrivait dans son Guide du vin (Stock, 1967), «sans le Beaujolais, la France ne serait pas tout à fait la France», doit se retourner dans sa tombe.

Pierre Thomas


Pour télécharger le tableau comparatif des produits, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.