Restez un consommateur averti et profitez de nos avantages abonnés
Pourquoi pas
Non merci
Panier
x
Le panier est vide

Portugal trop méconnu

Qui boit du vin rouge portugais, hormis l’importante communauté en Suisse? Et, pourtant, ces vins offrent un excellent rapport qualité-prix.

Quelle image préconçue peut-on avoir des produits d’une région viticole du sud de l’Europe? Celle de vins lourds et alcoolisés, assurément. Eh bien, surprise, rien de tout cela dans les vins dégustés par notre jury. A l’exception de trois flacons, aucun n’affichait plus de 13,5% d’alcool. La qualité des cépages utilisés dans ces assemblages fait que, plusieurs fois, les qualificatifs «équilibré» et «agréable» sont revenus dans la bouche des dégustateurs. Ainsi, pour le vainqueur du jour, un rouge de coopérative, primesautier, heureux mariage d’aragonés, de trincadeira et de castelão, trois variétés rouges dominantes du sud du Portugal.

De grandes caves

Sur les douze vins notés, neuf proviennent de l’Alentejo au sens large (25 000 ha, soit une fois et demi le vignoble suisse). A noter que ce sont quatre vins parmi les meilleur marché de la dégustation qui se classent en tête. Le choix paraît vaste. Il est trompeur, dans la mesure où six producteurs, seulement se partagent le tableau ci-dessus, avec trois vins pour l’élaborateur du gagnant du jour et trois également pour le grand groupe Aliança, dont le meilleur rapport qualité-prix, l’Alabastro, classé troisième.

Globalement, le millésime 2007 s’est bien présenté: selon le journaliste João Paulo Martins, auteur d’un guide annuel des vins du Portugal, juste après les vendanges, 2007 a été jugée idéale pour le cépage dominant de l’Alentejo, l’aragonés, qui est aussi le tempranillo, le principal raisin espagnol.

Au quatrième rang, le premier de trois intrus, venus toujours du sud de Lisbonne, mais de la péninsule de Setúbal (9500 ha), juste en face de la ville blanche. Bacalhôa, le producteur, sort de ses caves six millions de litres par an, tirés de 450 hectares de vignes. C’est une des caractéristiques du Portugal où, à côté de grandes coopératives, puissantes à l’époque de la dictature – dont on fêtera le 35e anniversaire de la chute, le 25 avril prochain –, se sont développés des domaines privés, vastes eux aussi.

Des ambitions déçues

Au cinquième rang, le premier 2005, et le plus cher de la dégustation, le vin de la Quinta de Terrugem, où seuls l’aragonés et le trincadeira sont assemblés, affiche des ambitions très internationales, mais avec trop d’extraction et un taux d’alcool de 15%. Autres vins ambitieux, ceux du duo formé des barons Rothschild (de Château Lafite à Bordeaux) et du Portugais Júlio Bastos. Sous deux étiquettes, sœur et frère, Dona Maria et Dom Martinho, où figurent aussi du cabernet et de la syrah, finissent en queue de dégustation. Pour le second, le bouchon est en cause: de mauvaise qualité, en aggloméré grossier: partagé en deux, il sentait mauvais en son cœur… Un comble, dans une région, l’Alentejo, réputée pour fournir le meilleur liège du monde!

Autre constante: un goût légèrement boisé, pas toujours franc de collier, qui marquait les vins les moins bien notés. Et deux vins ne figurent pas dans le tableau, dont le Monte Velho 2007, le bas de gamme d’une des enseignes les plus réputées de l’Alentejo, Esporão. De fait, comme pour José Maria da Fonseca, emblématique producteur de la région de Setúbal, ce sont les cuvées d’entrée de gamme qui se retrouvent dans les supermarchés, et non les vins prestigieux, vendus fort cher.

Importations en progression

Même si le vin portugais ne représente que 3 petits pour cent des vins importés en Suisse en 2007 (soit près de dix fois moins que les italiens ou les français), les vins rouges secs (hors porto) sont en notable augmentation: +50% en volume depuis 2000 pour une valeur doublée sur la même période. Preuve que le marché suisse s’intéresse de plus en plus aux vins lusitaniens.

Pierre Thomas


Pour télécharger le tableau comparatif des produits, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.