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Sauvignons fidèles à eux-mêmes

Porte-drapeau de la mondialisation, le sauvignon blanc reste fidèle à son image: pour le meilleur, un vin vif, frais et racoleur. Et pour le pire...

Rayon «vins de cépage», le sauvignon blanc fait partie des classiques, avec le chardonnay ainsi que le cabernet sauvignon et le merlot, en rouge. En juillet 2003, Tout Compte Fait s’était déjà intéressé au sujet, en vogue dans les gondoles des supermarchés.

Surprise, quelques millésimes plus tard (2007-2008 et non plus 2001-2002), le duo de tête est de provenance identique: un vin de Nouvelle-Zélande devance un vin chilien. Au troisième rang, l’Afrique du Sud s’efface derrière Sancerre. Il y a six ans, les vins du berceau ligérien de ce cépage avaient été mal notés. Sept vins avaient été pointés au-dessous de 12 sur 20; cette fois, ils sont six. Belle constance…

Un blanc mondialisé à la mode

Mais reprenons le haut du panier. Le sauvignon blanc de Nouvelle-Zélande confirme. Mieux, celui de Matua Valley peut se targuer d’être le premier à avoir été planté sur l’archipel en 1973. Ses pionniers, Ross et Bill Spence, ont vendu leur petit domaine, devenu une marque («brand») du groupe californien Beringer Blass, ex-Nestlé, qui fait aujourd’hui partie du conglomérat du brasseur australien Foster. Si c’est pas la mondialisation, ça! Les raisins, récoltés la nuit, au pic aromatique, à la machine, puis rapidement pressés et mis en cuve, poussent à Marlborough, un terroir de l’île du sud de la Nouvelle-Zélande, sanctuaire du sauvignon blanc à la mode.

Deuxième, Tarapaca, qui a changé de mains récemment, est une enseigne chilienne connue en Suisse depuis plusieurs années. Moins frais que le néo-zélandais, son sauvignon ne démérite pas. Le premier Sancerre – la bouteille la plus chère de la dégustation – reprend une recette éprouvée du Nouveau-Monde: conserver une pointe de sucre résiduel pour amadouer un cépage à l’expression végétale (l’arôme de «pipi de chat» du sauvignon pas mûr). Au quatrième rang, un Los Pasos (qui rappelle à s’y méprendre, par le nom et l’étiquette, un domaine chilien bien réel, Los Vascos), meilleur rapport qualité-prix: un vin typé, puissant, à la limite de la caricature… Et deux sancerres encore, le premier (J.-M. Raimbault) jouant sur des arômes d’évolution et une structure lourde, le second (LaCheteau), très acide et citronné. On le voit, le sauvignon reste sur le fil du rasoir, quoi qu’en disent les œnologues (lire encadré).

Curieux ressortissants valaisans

Sous la barre des 12 points, six vins très décevants. On passera sur ce sauvignon d’Oc à 3.29 fr. chez Aldi: pas de miracle à ce prix, cette fois! Le bas de gamme du californien Beringer (du même groupe australien que le vainqueur du jour) surprend, comme le mauvais classement de l’espagnol Marquès de Riscal. La région de Rueda, près de Valladolid, est devenue l’eldorado du vin blanc ibérique, avec plus de 8000 hectares plantés (soit les vignobles du Valais et de Vaud réunis). Le cépage local, le verdejo, paraît plus intéressant, assemblé à la viura, que ce sauvignon passe-partout, aux arômes fabriqués (bonbon anglais et métalliques).

Et les suisses? En queue, avec le vin sud-africain de la région de Paarl et le valaisan AOC, qui transitent tous deux par Jacques Germanier, à Conthey. Etonnante, enfin, la tentative de Provins Valais de commercialiser du sauvignon du Vieux-Pays en barrique. Ni le boisé ni la structure, lourde et sans nerf, n’ont plu à un jury très homogène dans son jugement: autant il a été unanime à bien noter le néo-zélandais, autant il a mal pointé cet ovni («objet valaisan non identifié»). On se demande avec quoi le boire: avec des sushis garnis de riz? Ne répondez pas: ça colle encore aux dents…

Pierre Thomas


Pour télécharger le tableau comparatif des produits, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.