
De la maturité des obligations
Les obligations sont des produits sûrs, à condition de se contenter d’un rendement modeste et de ne pas chercher à spéculer.
Chaque fois que les marchés d’actions boivent la tasse, les investisseurs se tournent naturellement vers les obligations. Logique: celles-ci offrent une rémunération constante et sont remboursées intégralement à l’échéance. Ces vertus sont appréciées de ceux qui placent leur argent avec pour seul objectif de toucher un coupon annuel fixe et de récupérer leur capital. Mais gare à la remontée – jamais exclue – des taux d’intérêt, qui a pour effet de rogner la valeur des titres. Cette éventualité n’effraie guère ceux qui jouent à hausse comme à la baisse. Quelques explications pour mieux comprendre ce produit financier.
Le prix de la sécurité
Une obligation est une reconnaissance de dette qui précise la somme empruntée, la date de son remboursement et l’intérêt annuel que le débiteur verse au créancier. Celui-ci peut être une collectivité publique (Etat, canton, commune, entre autres) ou une entreprise.
Prenons un exemple: la Confédération, qui a besoin d’argent en janvier 2009, lance un emprunt de 622 millions de francs auprès du public, qu’elle compte rembourser en 2018. Pendant toute la durée de l’emprunt, autrement dit entre janvier 2009 et janvier 2018, elle propose de verser chaque année un intérêt fixe de 3% (dit coupon) sur le montant souscrit par l’acheteur (le créancier). Et, le jour de l’échéance de l’emprunt (2018), elle lui remboursera la totalité de l’investissement de départ. Ceux qui recherchent uniquement une rémunération constante, tout en étant sûrs de récupérer leur mise, y trouveront leur compte. Ils peuvent sans autre sauter le passage qui suit.
A la merci des taux d’intérêt
Même si le coupon ne change pas d’une année à l’autre, l’obligation est cotée en Bourse. Son cours (on parle aussi de prix ou de valeur) varie donc au gré de l’offre et de la demande. Ainsi, quand les taux d’intérêt du marché montent, les obligations déjà en circulation sont moins recherchées, et leur cours diminue, car elles produisent un intérêt inférieur à ceux du marché. Et inversement.
Reprenons notre exemple. Si les taux d’intérêt du marché passent à 4% un an plus tard, et que les nouvelles émissions se font donc à ce taux, l’emprunt à 3% perd de son attrait pour l’investisseur, qui peut obtenir une meilleure rémunération en achetant de nouveaux titres. Son obligation – qui court jusqu’en 2018 – devient moins séduisante. S’il s’en débarrasse, il perdra donc de l’argent, car il devra le faire à un cours inférieur à celui de l’émission, personne ne voulant d’un titre qui rapporte moins (lire encadré). Au contraire, si les taux d’intérêt du marché fléchissent à 2%, l’obligation va être recherchée, car sa rémunération de 3% dépasse celle des nouveaux emprunts. C’est le moment que choisira son détenteur pour envisager de la vendre avec un bénéfice.
Les autres critères de sélection
Placer son argent dans l’obligataire, c’est donc s’interroger sur l’évolution des taux d’intérêt, surtout s’ils sont bas, comme aujourd’hui. Car plus l’échéance est lointaine, plus le titre est sensible au changement des taux et plus l’intérêt versé par le débiteur doit être élevé pour attirer l’investisseur.
Avant d’opérer un choix, il faudra encore prendre en considération quelques critères importants.
- La qualité de l’émetteur – La Confédération étant un débiteur fiable, elle peut se permettre d’emprunter à bon compte, car le risque d’insolvabilité est pratiquement nul. Une entreprise, par contre, devra se montrer plus généreuse, car elle pourrait éprouver des difficultés à rembourser son emprunt. Pour savoir qui est solvable et qui l’est moins, il est nécessaire de visiter les sites des agences de notation, telles que Moody’s ou Standard & Poor’s, qui passent au crible les emprunteurs obligataires, quels qu’ils soient.
- Le rendement à l’échéance – Le rendement à l’échéance représente le montant total que vous procurera une obligation si vous la conservez jusqu’à terme. Il intègre les versements d’intérêt (en supposant que chaque versement soit réinvesti à un taux semblable à celui du rendement courant de l’obligation) et le bénéfice éventuel (si le titre a été acheté à moins de 100%) ou la perte éventuelle (si le titre a été acheté à plus de 100%).
- La liquidité – Les obligations doivent pouvoir s’échanger facilement sur le marché, sans qu’il soit nécessaire d’en brader le prix. En principe, la liquidité est assurée quand le montant de l’emprunt est élevé.
- La monnaie – Si les emprunts obligataires ne sont pas libellés en francs, il faut tenir compte du risque de change. En d’autres termes, un prêt en euros rapportera plus si la monnaie unique monte, et inversement.
- Le domicile – Le coupon annuel est soumis à l’impôt anticipé seulement si le débiteur est suisse (la Confédération, par exemple).
Massimo Oberti
Pour télécharger le graphique des rendements annuels, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.


