
Les tarifs 2009 pour l’électricité: electricité: des tarifs décoiffants
Les ménages le constateront: la facture d’électricité sera salée dès le 1er janvier 2009. Impossible d’y échapper.
La libéralisation du marché est lancée, certes, mais elle ne concerne pour l’instant que les gros consommateurs (plus de 100 000 kWh/année). Les foyers, eux, attendront 2014, si la libéralisation, peu efficace par ailleurs, ne capote pas avant pour cause de référendum annoncé.
Les prix vont donc augmenter. Mais de combien au juste et où?
Les tarifs n’étant pas unifiés, notre comparatif est basé sur les profils de consommation prédéfinis par M. Prix ainsi que sur les indications transmises par les fournisseurs d’électricité. Bien que critiqués, ces profils sont néanmoins utilisés par les fournisseurs.
Dans un souci d’objectivité, nous avons également demandé à Claude Cornaz, un consultant indépendant (patron de Swisselectricity, une société genevoise d’optimisation énergétique qui travaille au mandat pour des entreprises) d’établir les tarifs pour un quatre-pièces (2500 kWh/an). Verdict: les résultats correspondent en général, à de légères différences près (admissibles jusqu’à 2%) à ceux communiqués par les fournisseurs. Plusieurs différences notables subsistent, parfois de manière inexpliquée. La plus importante d’entre elles (10% d’écart) concerne Genève, qui affirme avoir utilisé un autre tarif de base pour ses calculs. Cela laisse présager un dialogue de sourds qui règnera lors des futures contestations de factures.
Importantes différences
Ce qui frappe à la lecture du tableau, ce sont les énormes différences suivant les lieux. Pour un logement de deux pièces, l’écart peut être de 151.70 fr. entre Genève (SIG) et Neuchâtel (Viteos), ce dernier lieu étant par ailleurs l’un des plus chers, toutes catégories confondues. Selon Claude Cornaz, cette cherté s’explique notamment par le fait que Viteos achète une bonne partie de son énergie au Groupe E. Pour une maison de 5 pièces d’une consommation annuelle de 25 000 kWh, l’écart est même de 2787.64 fr. entre les Services industriels de Lausanne (SIL) et les Forces motrices bernoises (FMB)! «Cette catégorie de M. Prix ne représente aucun client réel», argue-t-on aux SIL. En fait, cette justification n’est pas abracadabrante: un fournisseur adapte ses tarifs en fonction du profil de sa clientèle. Plus il comptera de quatre-pièces, plus les prix seront favorables à cette catégorie.
Ces étonnantes différences trouvent aussi d’autres explications, structurelles celles-là.
- Les fournisseurs imposant l’abonnement à un compteur – ce sont les plus nombreux – pénaliseront davantage leurs clients à faible consommation que les gros consommateurs. Le locataire d’un deux-pièces sera ainsi péjoré s’il habite dans le canton de Fribourg (abonnement) plutôt qu’à Genève (pas d’abonnement).
- L’acheminement de l’électricité peut coûter plus cher si la zone habitée est peu dense.
- Le poids de nouvelles taxes (fédérales, cantonales ou communales) peut faire varier le prix moyen de près de 10% entre deux communes, selon Jean-Baptiste Henry de Diesbach, patron de HC SA (racheté par Romande Energie), un consultant qui élabore les tarifications de divers distributeurs.
- Si le fournisseur produit lui-même de l’électricité (Groupe E ou SIL par exemple), les tarifs sont parfois plus avantageux que s’il doit l’acheter sur le marché, comme à Delémont.
Explicables, ces différences sont-elles pour autant admissibles? «Pas pour un si petit pays», juge Claude Cornaz.
Hausses jusqu’à 42%!
Concentrons-nous à présent sur les hausses. La plus spectaculaire d’entre elles s’observe à Sion, où les deux-pièces subiront une augmentation de près de 42%. A l’inverse, la baisse la plus substantielle (-11,69%) concerne la catégorie maison de 5 pièces (7500 kW/an) à Neuchâtel pour le groupe E. Ces différences doivent être nuancées. Car il faut tenir compte également du prix. En l’occurrence, même avec l’augmentation de 42%, les tarifs à Sion restent parmi les meilleur marché de Suisse romande. L’inverse est également vrai. Un peu plus, et l’on se risquerait à parler d’entente sur les prix…
Pour expliquer ces hausses, les fournisseurs avancent en général comme argument principal l’augmentation du prix de l’énergie. «Le prix de l’électricité n’est pas maîtrisé par l’électricien qui le facture, renchérit le patron de HC SA. Sa marge de manœuvre réelle ne dépasse même pas 1 ct/kWh.»
Cet argument ne tient pas à lui seul, affirme au contraire Claude Cornaz, en rappelant que le prix de l’acheminement – environ 50% de la facture totale (lire encadré) – est calculé par les fournisseurs eux-mêmes d’après les règles de la branche. Selon lui, la multiplication des intermédiaires entre la production et la vente finale, entre autres, tend également à faire augmenter les prix. Enfin, le fait que ces entreprises se tiennent souvent par la barbichette (participations croisées) et qu’elles sont pour la plupart en mains publiques contribue au renchérissement. «Baisser les prix reviendrait à diminuer les recettes communales. Les politiques n’auraient donc pas intérêt à le faire.»
Toutes ces explications ne vous éviteront pas de passer à la caisse. La solution? Diminuer sa consommation… Mettre un couvercle sur une casserole d’eau permet, par exemple, d’économiser 5 fr. en une année.
Nicolas Zeitoun
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Un prix en trois coûts
Depuis cette année, les entreprises ont l’obligation de détailler la composition de leurs prix, indiqués en centimes par kilowattheure (ct/kWh), suivant trois éléments: le coût de l’énergie, celui de l’acheminement (timbre) comprenant l’abonnement au compteur et les taxes. La répartition de ces trois composantes varie, mais, à la louche, l’énergie représente 40% du prix final, l’acheminement 50% et les taxes 10%. Cette obligation de décomposer le prix apporte une transparence bienvenue.
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