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12 rouges des Andes: Les Andes recto verso

En Argentine et au Chili, on élabore des vins rouges typés à partir de malbec et de carménère. Notre palmarès transandin.

Avec 81% d’importations de vins du trio Italie-France-Espagne, la Suisse est peu ouverte aux vins non européens. Pourtant, le Nouveau-Monde offre de belles découvertes, la dégustation de ce mois le démontre. Elle était focalisée sur les deux cépages porte-drapeau des deux pays sud-américains les plus importants sur la scène mondialisée du vin, le Chili et l’Argentine.

Œnologue chilien pour vin argentin

Le vainqueur de notre dégustation illustre la plaisanterie entendue lors d’un concours dans la capitale chilienne: «Pour faire un excellent vin, il faut des vignes de malbec centenaires de Mendoza (Argentine) et un œnologue formé à l’Université catholique de Santiago du Chili.» Viti-entrepreneur emblématique du renouveau chilien, Aurelio Montès a réussi ce pari transandin. Auteur de beaux vins au Chili, il a fondé Kaiken sur l’altiplano de Mendoza. A moins de 12 fr., voilà un excellent vin, certes dans l’air du temps, donc un peu riche, mûr et alcoolisé… Derrière ce malbec, deux carménères de maisons réputées. Ancienne joint venture avec Mondavi, Caliterra a été repris, après la vente du groupe américain au géant Constellation, par son partenaire chilien, Eduardo Chadwick (Errazuriz). Quant à L.P. Edwards, il est souvent bien placé dans les concours.

Carménère «découverte» par hasard

Malbec et carménère, même s’ils sont nés dans le Sud-Ouest français (lire encadré ci-dessous), n’ont pas le même profil aromatique. En fait, ils se complètent, même si, dans le cas de figure sud-américain, ils sont cultivés sur les deux versants des Andes.
Dans les vallées chiliennes ventilées par les courants du Pacifique, la carménère a trouvé un terrain idéal. Par hasard! Longtemps, les Chiliens se sont demandé pourquoi, sur une même parcelle, des merlots arrivaient à maturité les uns assez tôt, les autres beaucoup plus tard. Jusqu’au jour où, à la fin des années 1990, on détermina que ce cépage plus tardif n’était autre que la carménère, dont il ne restait dans le Bordelais qu’une dizaine d’hectares… Du coup, les Chiliens ont trié et séparé les ceps et replanté de la carménère, véritable spécialité locale (10% de la production de rouge). Tous les vins que nous avons dégustés montraient une réelle originalité, les moins chers se classant dans le bas du tableau (8e et 10e).

Des malbecs très différents

En avion, il n’y a qu’un saut de puce de Santiago à Mendoza: un vol splendide, avec vue sur les neiges éternelles de l’Aconcagua et du Tupungato. Mais le paysage, à l’arrivée, est bien différent, et la dégustation l’atteste. Derrière le vainqueur transandin, on trouve le malbec le meilleur marché, acheté chez Aldi à 3.49 fr.! Son étiquette de «vin de table» et sa mise en bouteille en Suisse a permis de façonner ce vin en toute liberté. Au demeurant, en Argentine (comme au Chili), la législation vitivinicole, si elle existe parfois sur le papier, est peu contraignante, faute de contrôles dans le terrain.

Sur l’altiplano de Mendoza, entre 600 et 1200 m d’altitude, on rencontre de tout: de vieux ceps de malbec plus que centenaires, comme des vignes jeunes et productives, arrosées au goutte-à-goutte. Les Argentins ont planté du malbec partout, à tort et à travers, comme le déplorait Hubert Weber, l’œnologue suisse des caves Weinert, lors de notre dernier passage à Mendoza. Ces différences se retrouvent immanquablement dans la bouteille. En toute anarchie: le flacon le plus cher (17.50 fr.) s’est avéré le plus médiocre, entaché par un élevage sous bois de piètre qualité.

Pierre Thomas

Pour télécharger le tableau comparatif des produits, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.