
Terroir ou techno?
Cépages seuls ou assemblages blancs: il y a plusieurs façons de segmenter le marché des vins suisses. Notre test entre terroir et techno.
Pour défendre sa part du marché, qui reste importante (60% de vins indigènes dans la consommation du blanc en 2007), la Suisse, sortie de la monoculture du chasselas, élargit ses horizons.
Pour une fois, c’est la bouteille la plus chère qui s’impose. Réputée confidentielle (42 hectares en Valais), l’amigne apparaît dans les grandes surfaces romandes. Gilles Besse, président du Grand Cru de Vétroz, le berceau de ce cépage typiquement valaisan, en a livré une intéressante, millésime 2006.
Derrière ce monocépage valaisan (lire l’encadré), UVAVINS, la grande coopérative de La Côte vaudoise, place ex æquo deux vins résolument modernes. L’un marie deux cousins, le chardonnay bourguignon et le doral de Changins, croisement de chasselas et de chardonnay obtenu en 1965. L’autre doit tout à un concept marketing «verticalisé» de la vigne au flacon («Uvanomine»), où l’œnologue d’origine chilienne Rodrigo Banto et le graphiste carougeois Roger Pfund ont lâché la bride à leurs talents respectifs.
De la douceur pour séduire
Quatrième, un classique «légérement doux», bien fait, sous une «marque d’acheteur» qui cache l’œnologue en chef du groupe Schenk, Alain Gruaz. Un peu de douceur, mais elle fait partie de l’identité de la malvoisie du Valais. Cette douceur est aussi le parti pris par la même maison dans un autre produit marketing, la ligne «Tendance 9% vol» (pour volume, donc degrés d’alcool), lancée en été 2006. Et lorsque ces vins ont été achetés et dégustés, on trouvait encore le 2006 chez Coop… A l’avenir, l’étiquette ne mentionnera ni le millésime, ni l’indication de l’assemblage ou de la provenance. En 2006, le Müller-Thürgau (ex-riesling croisé avec du sylvaner) et le pinot blanc avaient été cueillis tôt pour garder leur fruité et leur «croquant». Délibérément, ce vin se démarque des autres, non pas tant en raison de son faible taux d’alcool (aucun dégustateur ne l’a souligné), mais par son style «frizzante» et son goût muscaté, allié à la sucrosité (il s’affiche «mi-doux»).
Le jeu de l’assemblage
Blancs ou rouges, les assemblages ont un avantage: mettre en valeur la complémentarité des raisins, en tenant compte des conditions climatiques du millésime et de l’écoulement dans le commerce de l’un ou l’autre des composants. Ainsi, l’«As de Cœur» (Cave de Jolimont, Schenk) n’a pas la même identité selon le millésime. Notre jury a dégusté le 2006 et le 2007 et c’est ce dernier qui a été le mieux noté. Dans la version la plus récente, aux côtés du Chardonnay et du doral (autre croisement du Chardonnay croisé avec du chasselas), le charmont a remplacé le pinot blanc.
Enfin, parmi les blancs plus structurés et puissants que le chasselas, trois pinots gris, où l’Auvernier tire son épingle du jeu, juste devant un Bonvillars, de la même côte calcaire du lac de Neuchâtel. Avec 208 ha cultivés dans toute la Suisse (dont 75 ha en Valais, 31 ha en pays de Vaud et 23 à Neuchâtel), le pinot gris est important, même s’il est loin du chasselas (4151 ha).
Précision: ces vins ne sont pas distribués dans tous les points de vente. Car il faut une disponibilité de près de 100 000 bouteilles pour être référencé dans toute la Suisse par Coop: c’est, du reste, la quantité d’Uvanomine «Ambre» (mal classé), et du rouge «Garance», commandée en 2006 par le distributeur et dont il restait des bouteilles, avant de passer au millésime 2007.
Pierre Thomas


